SADDIKI Tayeb
Comédien, metteur en scène et auteur dramatique marocain.
Il se distingue, d'abord, au sein de la troupe du Théâtre marocain, par ses grands talents de comédien puis par une adaptation et une mise en scène de Volpone de Ben Jonson, signée en 1960 après un cycle de formation en France au centre dramatique de l'Est et au Théâtre national populaire de Vilar.
Saddiki vit ensuite une série d'aventures théâtrales qui vont le conduire du Théâtre ouvrier, créé en 1957 au sein de la centrale syndicale Union marocaine du travail, à l'ensemble théâtral « les Comédiens arabes », créé en 1985. Dans l'intervalle, il monte la Compagnie Saddiki, installée au théâtre municipal de Casablanca qu'il dirige de 1965 à 1972, puis Masrah Ennass (le Théâtre des Gens), un essai de théâtre ambulant qui a l'ambition de pénétrer, selon son créateur, « les quartiers pauvres et habitats dits sous-intégrés, d'animer les quartiers de loisirs (corniches, villages d'été), les communautés agricoles, les casernes, les écoles, les lycées et d'autres édifices où l'homme vit ou tente de vivre (prisons et hôpitaux) ». Cette expérience avorte après quelques représentations au Maroc, en Algérie et en Tunisie. Néanmoins, les déclarations de Saddiki tracent bien les horizons d'une recherche inlassable vers une pratique théâtrale qui ne se satisfait pas de certitudes ni d'acquis.
Issu d'une famille d'érudits, l'autodidacte Saddiki s'est forgé une culture générale et une formation technique et artistique qui lui permettent de concilier, dans son écriture comme dans ses réalisations théâtrales, des formes traditionnelles du spectacle (Al Halka), l'art du conteur ou le spectaculaire des rites et fêtes, avec les exigences du spectateur d'aujourd'hui, au regard et aux mécanismes mentaux conditionnés par le cinéma, la télévision ou les nouvelles esthétiques théâtrales.
Le parcours de Saddiki traverse l'esthétique classique au sens large : Aristophane (Lysistrata), Molière, Beaumarchais, Marivaux, Goldoni, Gogol (Journal d'un fou, le Révizor), ; le théâtre de rupture : Ionesco (Amédée ou Comment s'en débarrasser), Beckett (En attendant Mabrouk), Arrabal ; le genre épique : avec des fresques comme Le Maroc est Un, la Bataille des trois rois, Moulay Ismaïl, Moulay Idriss, Nahnou (Nous les Marocains). On retiendra trois grandes réussites dans sa recherche d'une écriture théâtrale à partir du patrimoine arabo-musulman : Sidi Abderrahman El Majdoub (les Quatrains d'El Majdoub), Maquamat Badi Azamane Al Hamadani (les Séances de Badi Ezamane Al Hamadani) et Alf Hikaya oua Hikaya (Mille et Un Contes) ; il a fait également une incursion dans le théâtre historique et « documentaire » (Sidi fi ettariq ou Sur la route, el Maghreb Wahed, les Trois Rois…).
Auteur prolifique et acteur reconnu, il a publié notamment le Dîner de gala (1990), les Sept grains de beauté (1991), Molière ou l'Amour de l'humanité (1994), Nous sommes faits pour nous entendre (1997), Éléphant et pantalons (1997) ; il a joué dans de nombreux films (le Messager de Mustapha El Akkad (1976), la Prière de l'absent de Hamid Benani (1995), l'Homme qui brodait des secrets de Omar Chraibi (2001) et réalisé un seul long métrage, Zeft (Goudron, 1984), adapté de sa pièce Sidi Yassine fi trik (Sidi Yassine en pleine route). Il a achevé en 2007 la construction du théâtre Mogador, un complexe culturel doté d'une salle de 500 places, d'un théâtre pour enfants, d'un café-théâtre et d'un musée de l'art dramatique marocain.
Classement
Spécialité : Maghreb et Moyen-Orient
- Maroc
- 20ème siècle
- 21ème siècle