MARINETTI Filippo Tommaso

Alexandrie, 1871 - Bellagio, 1944

Poète et auteur dramatique italien.

Il est le père du futurisme. Dès le début de son activité littéraire il écrit pour le théâtre et son importante production dramatique évolue ensuite en parallèle avec les différentes poétiques de la scène et du texte qu'il développe au cours de son existence.

Une jeunesse symboliste

Écrite vers 1900, Paolo Baglione est sa première pièce. Rédigé en français, ce drame romantique en quatre actes, manifestement trop inspiré des lectures de D'Annunzio et de Hugo, restera inédit. On y découvre cependant, évoqués dans un élan baroque et fantasmagorique, les grands thèmes marinettiens : vicissitudes sentimentales du héros, exaltation des vertus de la guerre nécessaires à l'émergence du surhomme et, si propre à l'auteur, la hantise de l'eau correspondant à ce « vertige héraclitéen » qui nourrira l'engagement futuriste. En 1905, Le Roi Bombance, « tragédie hilare » dans laquelle la fatalité de la situation existentielle de l'homme qui lutte se trouve mêlée à une allégorie de l'actualité politique, est un drame où l'idéalisme symboliste est confronté à des thèmes prosaïques, voire vulgaires, et à l'utilisation d'instruments scéniques venant de Jarry et de Rabelais. Pour Marinetti, la scène s'impose comme le lieu de l'actualisation du symbole et de l'analogie, et l'espace où la métaphore peut devenir chair vivante. Les Poupées électriques, pièce qui conclut la première période, dite préfuturiste, de sa production, repose sur le triangle du drame bourgeois, mais pose la question de l'Autre comme Double et revenant, c'est-à-dire de la duplicité du moi.

Les innovations futuristes

L'agitation culturelle à laquelle se livre Marinetti à partir de la fondation du futurisme, en 1909, ne lui fait pas oublier la scène. Il lance le Manifeste des auteurs dramatiques futuristes qui, en 1911, prône un renouvellement du « théâtre de poésie » en fonction de la machine et des thèmes de la modernité. Deux ans plus tard, dans un nouveau manifeste, le Music-hall, il exalte la scène des variétés en tant qu'imago urbis, c'est-à-dire expression théâtrale du cosmos en expansion qu'est la métropole moderne. Il parcourt l'Italie pour présenter avec ses partisans les tumultueuses « soirées futuristes », sorte de meetings sur l'idéologie et l'art d'avant-garde, qui se terminent souvent par des accrochages avec le public et des improvisations théâtrales. En 1915, il lance, avec Corra et Settimelli, le manifeste le Théâtre futuriste synthétique qui propose un nouveau genre théâtral : la « synthèse futuriste », codification extrême de la saynète, dans lequel se mêleraient l'esprit du cabaret et celui du music-hall. Cela aboutit à la production de nombreux minidrames, comme Simultanéité où le contenu narratif est concrétisé par un diptyque sous la forme de deux espaces théâtraux présents sur la même scène, la chambre d'une cocotte et un intérieur bourgeois. Marinetti invente ainsi la « compénétration » qui, à un moment donné, amène à la fusion de ces deux réalités scéniques et efface tout résidu naturaliste dans l'action. Avec Clair de lune, une seule réalité est apparemment présentée sur la scène : un couple assis sur un banc, mais deux univers, celui réel de ces êtres et celui de la sensation immatérielle, incarnée par un troisième personnage, sont convoqués afin de résoudre par une seule image la projection du monde intérieur. Dans Ils vont venir, ce sont cette fois les objets, des chaises, qui occupent l'espace, faisant de la saynète l'équivalent d'un geste rapide et foudroyant. Marinetti aboutit alors à une scène raréfiée, en préconisant un théâtre des signes minimaux en tant que forme de spectacle répondant véritablement aux cadences de la vie moderne.

Le retour à la littérature

Au tournant des années 1920, une fracture apparaît avec le Tambour de feu qui inaugure la troisième période de sa production dramatique. De facture traditionnelle, en trois actes, cette pièce toute en dialogues prolixes exprime sa déception par rapport à son propre engagement politique et à la montée de la réaction à travers toute l'Europe. Kabango, le personnage central, est assailli par ses ennemis auxquels il ne pourra résister. Néanmoins, avant de mourir, il pourra transmettre à Bagamoio le code des lois, c'est-à-dire l'espoir d'une renaissance. Dans Blanche et rouge (1923), on voit un homme et une femme en conflit vivre avec leurs Doubles. Ce n'est qu'une fois le rideau baissé que l'on entend des coups de feu : le spectateur devra donc lui-même choisir qui a tué l'autre. À travers ce thème clé de toute l'œuvre de Marinetti qu'est le Double, c'est l'inaccessible unité de l'homme qui est visée. Avec ces pièces, Marinetti revient aux formes traditionnelles du théâtre, même s'il continue d'utiliser, cette fois de manière épisodique, les procédés de l'avant-garde. Après 1925, avec Océan du cœur, Lumières rapides, ou Patriotisme insecticide, sa production dramatique n'est plus que le journal d'une abdication résignée. Le créateur de l'art-vie-action du futurisme plaide enfin, dans son ultime pièce, Reconstruire l'Italie avec architecture futuriste Sant'Elia, écrite au début des années quarante, pour une réconciliation intimiste avec le théâtre et la littérature devenus de nouveaux espaces de la mémoire et du dialogue intérieur.

Rédacteur(s)
Éditions Bordas, 2008

Classement

Spécialité : Europe du Sud et Amérique latine

Zone(s) géographique(s) :
  • Italie
Période(s) :
  • 19ème siècle
  • 20ème siècle
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Date 1ère mise en ligne
Dernière modification
16/06/2026

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