LE TOURNEUR Pierre
Traducteur français
Le Tourneur, qui avait traduit surtout des poètes anglais modernes, donne de 1776 à 1782 la première version intégrale du théâtre de Shakespeare ; si des passages jugés choquants manquent à leur place, il les donne en appendice et ne craint pas, écrivant en prose, les mots concrets. Révisé par Guizot en 1821, peu à peu remplacé par celui de François-Victor Hugo, le Shakespeare de Le Tourneur sera réimprimé jusqu'en 1910. La Préface des Préfaces (1776), d'une centaine de pages, centon de textes anglais, rend compte de l'originalité de Shakespeare, dont l'œuvre reste un problème majeur pour les traducteurs français jusqu'à nos jours.
Avant Le Tourneur, Pierre de La Place (1707-1793) avait donné des extraits édulcorés de Shakespeare, dont Voltaire rimait des adaptations. La France considérait que les traducteurs devaient œuvrer pour le public destinataire, et non en fonction du texte original, par définition injouable avant un passage par les règles. De là la colère de Voltaire quand Le Tourneur traduit littéralement ; de là encore le succès des pièces de Ducis . Jusqu'au début du XXe siècle, l'adaptation est la règle pour Shakespeare en France. Le débat sur la nature de la traduction de théâtre (fidélité ou francisation) a perdu enfin sa virulence dans le contexte d'une culture aujourd'hui mondiale. Une difficulté reste entière : celle de toute traduction d'œuvres poétiques.