GUILLAUMOT Bernard
Architecte et scénographe français
Guillaumot appartient à cette génération d'architectes ou d'ingénieurs scénographes très actifs entre 1965 et 1975 qui mit en œuvre le concept de salle polyvalente et de salle transformable. Cette orientation se situe clairement dans le droit fil d'aspirations exprimées entre 1900 et 1940 par des personnalités aussi différentes que Craig, Gropius, Artaud ou Syrkus. Refus des lieux traditionnels, volonté de créer des espaces renouvelables dans les configurations offertes et appropriables par des activités diversifiées, ces aspirations se cristallisèrent en 1961 lors d'un colloque à Royaumont, consacré au « lieu théâtral dans la société moderne » à partir de la remise en cause du théâtre dit à l'italienne.
Après des études aux Beaux-Arts de Troyes, Guillaumot vient à Paris en 1951, où il travaillera pendant plus de quinze ans comme dessinateur-projeteur dans plusieurs agences d'architecture. Parallèlement, son intérêt pour le théâtre l'amène à collaborer avec Bonnat, ou Serreau sur le plan de l'étude technique des décors. De 1962 à 1965, il devient directeur technique et décorateur-scénographe au Théâtre de l'Est parisien auprès de Rétoré. Il le quitte en 1965 pour fonder un bureau d'études et de recherches scénographiques.
S'il poursuit ses collaborations avec des metteurs en scène (Debauche à Nanterre, Lassalle à Vitry), il se consacre à l'étude et à l'organisation du lieu théâtral. Dès 1967, il met au point un projet de théâtre polyvalent avec l'architecte Braslawski. Ce projet tendant à instaurer un lieu libre idéal est remarqué à l'occasion de la première Quadriennale de Prague. En 1969, reprenant à Artaud la notion du hangar (« abandonnant les salles de théâtre existant actuellement, nous prendrons un hangar », 1932), il réalise pour Debauche un théâtre provisoire à Nanterre. Puis, en 1970-1971, il peut mettre en œuvre à Vitry son projet de 1967. Cette réalisation, achevée en 1972, sera pleinement pensée comme une salle polyvalente, en relation avec la municipalité de Vitry et le Studio-Théâtre de J. Lassalle. Elle concrétise une expérience théâtrale et architecturale, ainsi que le désir d'associer divers secteurs de l'activité culturelle.
En 1973, il collabore avec les architectes Écochard et Darras à la conception de la maison de la culture de Nanterre qui se substitue au hangar de 1969. Cet équipement marque une évolution en reprenant le principe de la distinction entre deux types de salle, principe établi pour les maisons de la culture : une grande salle à rapport frontal pour un répertoire traditionnel et une salle transformable pour des spectacles plus expérimentaux (à Nanterre, ce dernier lieu sera particulièrement employé par Chéreau dans les années quatre-vingt). Par la suite Guillaumot conçoit de plus en plus des équipements fixes (TNP de Villeurbanne, avec l'architecte Carpentier, 1972, théâtre de la Criée à Marseille, Tarrazi, groupe Delta architecte, 1978, théâtre Roger-Salengro à Lille qu'il réalise comme architecte-scénographe, 1989). Signe des temps, l'échec de la polyvalence conduit donc à l'abandon des salles transformables.
La rénovation du théâtre des Champs-Élysées (1987) fut l'occasion pour Guillaumot de tenter une synthèse entre cette nouvelle donne et ses anciennes convictions : réhabilitation d'une cage de scène traditionnelle en machinerie multifonctionnelle informatisée au service de l'alternance de spectacles et des nouvelles technologies de l'audiovisuel. Il a également refait la cage de scène du Grand Théâtre de Bordeaux (1992) et rénové le théâtre du Rond-Point à Paris (1995).
Classement
Spécialité : Technique et créateurs techniques
- France
- 20ème siècle
- 21ème siècle