CUNY Alain
Comédien français.
Par sa stature, par la magie incantatoire de sa voix, par la hauteur de son inspiration, Cuny est sans doute le plus grand tragédien contemporain. Sa carrière cinématographique est également très riche (de Grémillon et Carné à Fellini et Godard).
Cuny traverse la scène française en solitaire, il est de plain-pied avec les êtres d'exception marqués par le destin : les créatures tourmentées de Giono (Le Bout de la route, 1943) ou de Strindberg (La Danse de mort, 1970). Pierre de Craon, l'homme exclu de l'Annonce faite à Marie, de Claudel (1944), le séducteur rejeté de l'Ile aux chèvres, d'Ugo Betti (1953), Cœuvre, le poète inquiet et véhément de La Ville, de Claudel (1955), Tête d'or, le héros conquérant de Claudel (1959), Roméo Daddi, le personnage blessé de On ne sait comment, de Pirandello (1962). Longtemps resté sans engagement, Cuny jouera encore La Danse de mort de Strindberg (m. en sc. Régy, TNP, 1972). Surtout, à partir de 1986, après maints rôles au cinéma, il retrouvera le théâtre, comme lecteur, au festival d'Avignon et ailleurs, pour, de sa voix lourde et lente, transformer tout texte en prophétie et toute prose en profération.
Il y a une sorte de démesure chez Cuny, dans sa lutte quichottesque avec le texte : un vrai corps à corps où alternent violences et abandons. Dans Sur Racine, Barthes analyse avec pertinence le caractère « tragique » de sa diction dans le rôle de Thésée (Phèdre, TNP, 1958), qu'il oppose au jeu « dramatique » des acteurs prisonniers du mythe bourgeois de Racine. On ne trouve pas d'intériorité psychologique dans son jeu, mais une profondeur d'ordre mystique qui fait de lui l'acteur claudélien par excellence et le metteur en scène inspiré d'un film consacré à L'Annonce faite à Marie (1991).
Bibliographie sélective
- Le désir de parole , conversations et rencontres avec Alfred Simon, Alain Cuny, Lyon : La Manufacture, 1989
Classement
Spécialité : Deuxième moitié du 20ème siècle
- France
- 20ème siècle