ALBERTI Rafael

Puerto de Santa María, Cadix, 1902 - 1999

Poète, peintre, dramaturge espagnol.

Il est l'un des écrivains les plus célèbres de la « génération de 1927 » (García Lorca, J. Guillén, V. Aleixandre, P. Salinas). Il reçut le Premio Cervantès en 1983.

Sa première pièce, l'Homme inhabité (El Hombre deshabitado , 1930), est qualifiée d'« auto-sacramental sans sacrement ». Vaincu par la tentation, l'homme tue la femme, image de l'innocence. Condamné pour son crime l'homme supplie en vain le veilleur nocturne qui l'envoie au supplice. L'homme est seul et désemparé face à un Dieu absurde et cruel. Influencé par le surréalisme, à l'instar du livre de poèmes intitulé Sobre los ángeles (Sur les anges, 1929), cette pièce porte témoignage de la profonde crise traversée par Alberti, à l'issue de laquelle il s'inscrit au parti communiste. Bien accueilli par la critique, l'Homme inhabité s'inscrivait dans le renouveau du théâtre espagnol auquel participaient des auteurs aussi différents que García Lorca, Unamuno, Azorín, Valle-Inclán . Mais on considère aujourd'hui que la pièce est plus un livret de ballet qu'un véritable drame.

Trois pièces représentent le théâtre politique d'Alberti. Jouée moins de deux mois après la proclamation de la République, Fermín Galán (1931) met en scène, en dix épisodes, la vie d'un officier républicain qui, l'année précédente, avait été fusillé après l'échec de sa mutinerie. Mal accueillie par le public, mal structurée, surchargée de personnages et d'éléments disparates, la pièce souffre aussi d'une idéologie simpliste. Véritable héros de la République, la figure de Fermín Galán, qui avait profondément ému l'opinion publique, fut en fait mal servie par cette tentative de théâtre populaire. D'un moment à l'autre (De un momento a otro, 1939) est le « drame d'une famille espagnole » où s'opposent sur un mode épique les forces du progrès et de la tradition. Nuit de guerre au musée du Prado (Noche de guerra en el museo del Prado, 1956) exalte, dans une superposition très réussie, les combattants du siège de Madrid en 1936 et ceux de la guerre d'indépendance anti-napoléonienne.

L'inspiration lyrique d'Alberti, qui s'exerce parfois aux dépens de l'action dramatique, se donne libre cours dans son théâtre poétique. Le Trèfle fleuri (El Trébol florido, 1940) illustre, dans un drame rural d'une grande violence, l'opposition mythique entre la terre et la mer. La Gallarda (1945) a pour sujet l'amour d'une vachère pour un taureau. Écrite en vers, cette tragédie est une fable poétique, à la façon de Góngora, plus qu'une pièce de théâtre. Le Repoussoir (El Adefesio, 1944) dénonce les abus de l'autorité brutale et absolue à travers les personnages de la vieille Gorgo et de la jeune et innocente Altea, menée au suicide par les manigances de sa persécutrice. Fondée sur la mise en question de l'essence du pouvoir et la dénonciation de ses aberrations, cette œuvre est d'une grande puissance dramatique. Outre l'adaptation théâtrale d'un roman licencieux du XVIe siècle, la Belle Andalouse (La Lozana Andaluza) de F. Delicado, Alberti est aussi l'auteur de quelques courtes pièces de circonstance, écrites pendant la guerre civile (Bazar de la Providencia, Farsa de los Reyes Magos, Los Salvadores de España, Radio Sevilla, Cantata de los héroes y de la fraternidad de los pueblos) , ainsi que de quelques saynètes lyriques.

Bibliographie sélective

Rédacteur(s)
Édition Bordas 2008

Classement

Spécialité : Europe du Sud et Amérique latine

Zone(s) géographique(s) :
  • Espagne
Période(s) :
  • 20ème siècle
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Date 1ère mise en ligne
Dernière modification
15/06/2026