AL-HAKIM Tawfik

Alexandrie, 1898 - Le Caire, 1987

Auteur dramatique égyptien fécond, il a marqué pendant plus d'un demi-siècle les principales étapes de l'évolution du théâtre égyptien en particulier et arabe en général.

Né dans une famille aisée, il obtient en 1924 sa licence en droit tout en écrivant, dès 1919, ses premières pièces politiques et sociales, al-Ḍayf al-Thaqıl (le Pesant invité), al-'Arıs (le Fiancé), Al-Mar'a al-Jadıda (la Femme nouvelle). Il part alors, pendant quatre ans, pour Paris, afin d'y poursuivre ses études juridiques. En fait, il ne se préoccupe que de la vie artistique et il suit avec passion les expériences qui se développent alors, en particulier dans le domaine du symbolisme, avec les pièces de Maeterlinck, Lenormand, Shaw et les mises en scène de Pitoëff.

De retour en Égypte, en 1928, il devient fonctionnaire mais l'écriture reste sa principale activité. Il produit des pièces de théâtre moins explicitement critiques que les premières, plus philosophiques, faites, de son propre aveu, pour être lues plutôt que pour être jouées : Ahl al-kahf (les Gens de la caverne, 1933) et Shahrazād (1934). Il y pose, en une langue recherchée et abstraite, la question de la destinée, de la solitude et des relations entre l'homme et la femme. Les pièces « intellectuelles » se succèdent, nombreuses, entre les deux guerres mondiales, c'est son « théâtre d'idées » (masrah al-fikr) : Taḥt shams al-fikr (Sous le soleil de la pensée, 1938), Brāksa aw mushkilat al-ḥukm (Praksis ou le problème du pouvoir, 1939), Sulṭān al-ẓalām (le Pouvoir de l'ombre, 1941), Pygmalion (1942), Sulaymān al-ḥakım (1943), Izıs (1955), al-Safqa (le Coup, 1956). Par la suite, les pièces exprimeront, après les explosions atomiques et à l'ère des satellites artificiels, la peur des techniques dévastatrices dans un monde de robots : Rihla ila l-ghadd (Voyage vers demain, 1957), Lu'bat al-mawt (le Jeu de la mort, 1959).

Après un séjour à Paris en 1959-1960, il écrit sa première pièce « non logique » (lâ-ma'qūl), intitulée Yā tāli'al-shajara (Ô toi qui montes à l'arbre, 1962) où l'on retrouve l'influence du jeune théâtre de « l'absurde », de Ionesco et de Beckett. Il y puise « la référence à la réalité par l'irréel, le recours au non-vraisemblable, au non-logique […] l'invention du dénuement pour parvenir à de nouveaux effets et à de nouveaux choix » (préface à Yā ṭāli' ). Cette pièce marquera un tournant dans l'évolution du théâtre arabe (voir Égypte). Un an plus tard, Tawfıq Al-Ḥakım revient aux pièces plus « sages », telle Al-ṭa'ām li-koll famm (À manger pour toutes les bouches, 1963), qui dit le dépassement des égoïsmes et la foi en un idéal humanitaire.

L'œuvre dramatique dAl-Ḥakım a frayé des voies nouvelles, non seulement dans la construction dramatique mais aussi dans la langue du théâtre, langue « intermédiaire » entre l'arabe littéraire écrit et le parler populaire (voir sa postface à al-Warta , le Bourbier, 1966). Il a formé un nouveau public qui lui a décerné les titres de « géant » et de « chef de file du théâtre égyptien ».

Par son talent de dramaturge et surtout par la qualité de sa réflexion, il a également été, lucidement, sa vie durant et selon ses propres termes, une sorte de « conscience retrouvée » (revue Esprit, décembre 1973) du peuple égyptien et même du monde arabe, en dénonçant les intolérances et, parmi elles, celle des « extrémistes » musulmans. Sa mort, en juillet 1987, coïncide avec un retour à un théâtre pseudo-mystique où l'ironie n'a plus de place.

Bibliographie sélective

Rédacteur(s)
Édition Bordas 2008

Classement

Spécialité : Maghreb et Moyen-Orient

Zone(s) géographique(s) :
  • Égypte
Période(s) :
  • 20ème siècle
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Date 1ère mise en ligne
Dernière modification
15/06/2026