Stationendrama
[Drame à stations]
Structure caractéristique du théâtre expressionniste, le drame à stations (Stationendrama) trouve son origine dans la pièce de Strindberg Le Chemin de Damas (1892-1903). Elle marqua profondément toute une génération d'auteurs expressionnistes qui verront dans ce type de drame la possibilité de représenter leur attente d'une vie nouvelle. Comme Saul de Tarse est devenu saint Paul sur le chemin de Damas, le héros expressionniste s'achemine vers une conversion. Elle s'accomplit à travers des étapes – les stations – analogues à celles du calvaire du Christ. Dans chaque station se cristallisent des éléments épiques qui élargissent la progression de la pièce. Ce qui se métamorphose alors, c'est toute la vie du héros, son rapport à son époque. Dans De l'aube à minuit (1912) de Kaiser, un modeste caissier, envoûté par le parfum de la main d'une femme, vole l'argent de la banque et tente de changer sa vie. Au terme des différentes stations qu'il parcourt, il meurt électrocuté. Johst a donné la même structure à son drame Le Jeune homme (1916). Mais c'est La Conversion (1919) de Toller qui demeure la plus belle illustration de ce drame à stations expressionniste du début des années vingt. S'inspirant de sa propre expérience de la guerre, Toller montre la mutation de l'engagé volontaire en révolutionnaire. Le cheminement à la fois mental et physique du héros s'accomplit à travers six stations et treize tableaux, dont six se déroulent dans la réalité, sept dans un univers de rêves. Le temps entier de l'œuvre est un temps mythique, celui de la vie du Christ, de Noël à la Résurrection. Brecht, dans Tambours dans la nuit (1922), tournera en dérision ce style de pièce, montrant à travers son personnage Andreas Kragler l'impossibilité de la conversion.
Bibliographie sélective
- Das Drama des Expressionismus , Kommentar zu einer Epoche, von Annalisa Viviani , München : Winkler, [1970]
Classement
Spécialité : Europe du Nord
- Allemagne
- 19ème siècle
- 20ème siècle