Pérou
(Le théâtre au)

La vice-royauté du Pérou n'a pas, comme celle du Mexique, produit de grandes figures de la littérature dramatique telles que Sor de la Cruz et Ruiz de Alarcón. Le drame anonyme Ollantay, écrit en quechua, mais de structure européenne, date du XVIIIe siècle. Chez les paysans du Pérou, de l'Équateur et de la Bolivie existe encore en tant que tradition orale La Tragedia de la muerte de Atahualpa (La Tragédie de la mort d'Atahualpa), spectacle représenté tous les ans et qui reflète le traumatisme de la Conquête dans l'inconscient collectif.

Le théâtre de mœurs de la seconde moitié du XIXe siècle fournit, souvent avec une intention satirique, les premières pièces qui présentent des personnages et des situations de la société péruvienne. El Sargento Canuto (Le Sergent Canuto, 1839) de Manuel Ascencio Segura (1805-1871) – caricature du militaire fanfaron – est considéré comme la première pièce péruvienne. Ña Catita (1856) est du même type. Leonidas Yerovi (1881-1917), héritier de Segura, se spécialise dans la saynète : La gente loca (Les Gens fous, 1917), genre très populaire à l'époque. Le grand poète César Vallejo (1892-1938) laisse quatre pièces dont Lock-out et Entre las dos orillas (Entre les deux rives ), pièces au contenu révolutionnaire, écrites entre 1930 et 1931, alors qu'il vit en Espagne.

Créée en 1938, la Asociation de artistas aficionados a été la pionnière du mouvement théâtral. Au début de la dictature du général Odría, en 1945, est créée la Compañía nacional de comedias, la Escuela nacional de arte escénico, et des prix nationaux de théâtre sont institués. À partir de ce moment commence à naître un groupe d'auteurs, à la tête duquel on trouve Salazar Bondy ; Percy Gibson Parra (né en 1908), prix national de théâtre avec Esa luna que empieza (Cette lune qui commence, 1946) ; Juan Ríos (né en 1914), auteur de Ayar Manko (1952) et Los desesperados (Les Désespérés, 1951-1960) ; et Enrique Solari Swayne (1915-1995), dramaturges qui reflètent les diverses tendances contemporaines, directement assimilées en Europe, où ils ont résidé (France, Espagne, Italie et Allemagne, respectivement), mais adaptées à la réalité péruvienne. Bondy fonde le Club de Teatro (1953) qui contribue encore de nos jours à diffuser le théâtre étranger et péruvien. Solari Swayne est l'auteur de Collacocha (1956), une des pièces péruviennes les plus réussies.

Dès les années 1950 plusieurs groupes professionnels et amateurs ont été crées à Lima : Histrión (1956-1977), Teatro universitario de San Marcos (1960), Homero Teatro de Grillos (1963), Telba (1969), Cuatrotablas, Yuyachkani et Abeja (1971), Quinta rueda (1978), Teatro del Sol (1980), Alondra, Raíces et Maguey (1982), Ensayo (1983). Les groupes qui surgissent dans les années 1970 ont souvent pratiqué la création collective, appliquant, de préférence, les postulats de Brecht, Weiss, Artaud, Grotowski, et Barba. Bien que les décennies suivantes n'aient pas été très favorables à la dramaturgie individuelle, de nouveaux auteurs sont apparus, quelques-uns adeptes du réalisme critique : Víctor Zavala (né en 1932) ; Grégor Díaz (1933-2001) ; Sara Joffré (né en 1935) ; Hernando Cortés (né en 1928) ; César Vega Herrera (né en 1936) ; d'autres plus proches de l'avant-garde européenne : Juan Rivera Saavedra (né en 1930), Alonso Alegría (né en 1941) et Julio Ortega (né en 1942). Voici quelques pièces représentatives : El gallo (Le Coq) de Zavala (publiée en 1969) ; Réquiem por siete plagas (Requiem pour les sept plaies, 1979) de Díaz ; Una guerra que no se pelea (Une guerre sans combats, 1979) de Joffré ; ¿Qué sucedió en Pazos ? ( Que s'est-il passé à Pazos ?, 1979, prix Tirso de Molina) de Herrera ; Los Ruperto (1960) de JSaavedra ; El Cruce sobre el Niágara (La Traversée du Niágara, 1969), prix Casa de las Américas, montée en plusieurs dizaines de pays, de Alegría ; et Ceremonia (Cérémonie, 1974) de Ortega. Trois écrivains connus ont aussi écrit pour le théâtre : César Vallejo (1892-1938), Mario Vargas Llosa (né en 1936) et Julio Ramón Ribeyro (1929-1993).

Comme ailleurs la mise en scène a été un pilier du mouvement théâtral. Voici les metteurs en scène les plus remarqués : Ricardo Roca Rey, Reynaldo d'Amore, Luis Álvarez, José Velasquez, Jorge Chiarella, Hernando Cortés, José Osuna, Ricardo Blume, Mario Delgado, Alberto Ísola, Miguel Rubio, Luis Peirano, Alfonso Santistevan, Luis Felipe Ormeño, Ricardo Santa Cruz, Roberto Ángeles, Ruth Escudero et Jorge Guerra. Delgado et Rubio sont respectivement liés à Cuatrotablas et Yuyachkani, deux troupes emblématiques depuis les années 1970. La première a été très proche de Odin Teatr et de Barba. Cela explique que plusieurs rencontres du « Tiers théâtre » aient eu lieu au Pérou : Ayacucho (1978), Cuzco (1987), Chaclacayo (1998) et Ayacucho (1998), avec la participation de troupes latino-américaines et européennes.

Parmi les auteurs de la dernière promotion se détachent : César de María (né en 1960), très prolifique, et Maritza Kirchhausen (née en 1954). Dans les dernières décennies, le théâtre péruvien s'est structuré plus solidement grâce à la constitution du Movimiento teatral independiente (MOTIN) en 1985 et, depuis 1974, grâce à la réalisation chaque année dans une ville différente de la Muestra de teatro peruano, avec le but de renforcer la dramaturgie nationale.

Rédacteur(s)
Éditions Bordas, 2008

Classement

Spécialité : Europe du Sud et Amérique latine

Zone(s) géographique(s) :
  • Pérou
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Date 1ère mise en ligne
Dernière modification
16/06/2026