Ortaoyunu

Littéralement, « jeu du milieu », sorte de commedia dell'arte turque.

À l'origine ce sont des farces improvisées au coin des rues qui attirent une foule de badauds et de curieux. Les acteurs jouent souvent des rôles de personnages officiels et ils taquinent les marchands pour leur soutirer quelques sous. Peu à peu, le kol oyunu (jeu de troupes), le maïdan oyunu (jeux sur la place) ou le taklit oyunu (jeux de mimiques) s'associent à l'ortaoyunu. Tous ceux qui ont vu des représentations du Karagöz ont été frappés par la similitude entre ses personnages, ses effets comiques, son atmosphère et ceux de l'ortaoyunu. La seule différence est que le premier recourt à des pantins et le second à des acteurs vivants. Du fait de sa forme d'expression et de la nature particulière de son rapport au public, l'ortaoyunu est un théâtre plus stylisé, un théâtre plus purement théâtral que le théâtre occidental par exemple. Cessant de figurer son personnage, l'acteur interpelle le public directement, pour lui rappeler qu'il ne fait que jouer et qu'en réalité le spectateur et lui sont complices.

La scène n'est pas séparée de la salle à proprement parler. L'ortaoyunu a toujours conservé sa forme ovoïde et le public se dispose, en cercle. Mais que ces spectacles soient donnés à ciel ouvert ou dans des salles fermées, une construction en bois entourée de grillages cachera les femmes aux regards des hommes. Le milieu de l'enclos reste vide et sert de scène. Le principal ressort comique de l'ortaoyunu réside dans le refus des conventions dramatiques traditionnelles. Les spectacles d'ortaoyunu, comme ceux du théâtre d'ombres, n'ont pas d'intrigue au sens aristotélicien du terme. Ils ont une forme ouverte et sont composés d'épisodes variés et indépendants les uns des autres ; aussi peuvent-ils être déplacés, ajoutés ou supprimés selon les réactions du public ou selon le désir de l'acteur sans que cela bouleverse le déroulement général de l'action.

L'ortaoyunu se compose d'une foule de personnages dont deux fondamentaux : le Kavouklu (le gros turban) et le Pischekiar (l'introducteur). Kavouklu, obstinément ridicule, sot, entêté, et berné par tout le monde, est un composé bizarre de Pantalon, de Cassandre et de Léandre doublé de Karagöz ; Pischekiar, le compagnon, est un rusé compère, qui sait tout, qui connaît tout, qui a tout vu : c'est un Scaramouche doublé du Hadjiyvat du théâtre d'ombres turc. L'influence de la commedia dell'arte s'y fait sentir soit que la cause en remonte à une source byzantine commune (le mimus classique), soit que les Turcs aient eu une connaissance directe de la commedia dell'arte par leurs relations avec Venise et Gênes, soit que les juifs expulsés d'Espagne et du Portugal au XVe siècle et accueillis en Turquie aient importé un art qu'ils connaissaient puisqu'ils venaient à l'origine d'Italie. Néanmoins, l'ortaoyunu n'est pas seulement un mélange de cultures étrangères ; c'est aussi et surtout un riche croisement de la culture turque.

Bibliographie sélective

Rédacteur(s)
Édition Bordas 2008

Classement

Spécialité : Maghreb et Moyen-Orient

Zone(s) géographique(s) :
  • Turquie
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Date 1ère mise en ligne
Dernière modification
15/06/2026