Karagöz
Littéralement « yeux noirs ». Terme désignant le théâtre d'ombres turc. Les personnages de Karagöz (ou de Karagueuz) sont en peau d'animal, spécialement en peau de chameau, coloriée ; ils profilent leur ombre sur un écran de toile tendue, éclairée par derrière. Cette lumière envoie, par transparence, les figurines sur la toile ; on distingue très nettement les couleurs des figures et des costumes, les mouvements et jusqu'au moindre geste. Le montreur manœuvre les figurines serrées contre l'écran à l'aide d'une longue baguette tenue horizontalement et placée à angle droit de la figurine dans un trou de la peau. Le théâtre d'ombres turc a été emprunté à l'Égypte vers le XVIe siècle. Le sultan Sélim Ier (qui a annexé l'Égypte à l'Empire ottoman en 1517), de son palais situé au bord du Nil, regardait un spectacle de jeux d'ombres. Il y prit un tel plaisir qu'il récompensa l'artiste et l'invita à Constantinople. En fait, il apparaît que le sultan, à son retour, emmena avec lui quelques centaines d'artistes et artisans.
Son origine
Une question cependant demeure : quelle est l'origine du théâtre d'ombres égyptien ? On croit que le théâtre d'ombres aurait été apporté de Java par les Arabes. En effet, le commerce arabe et les expéditions à l'étranger les mettaient en contact fréquent avec Java. Tous les éléments s'interpénétrèrent au début du XVIe siècle pour donner ce que nous connaissons aujourd'hui de Karagöz. Et c'est vers le XVIIe siècle que Karagöz prend sa véritable physionomie. Le nom de Karagöz aussi bien que celui de koukla qui signifie en turc « marionnette » apparaît pour la première fois au XVIIe siècle. Que l'introduction du théâtre d'ombres soit attribuée ou non aux Égyptiens, il n'en demeure pas moins que Karagöz est avant tout un phénomène typiquement turc et qu'en tant que tel il devient populaire dans les pays arabes du Proche-Orient en passant par l'Afrique du Nord et les Balkans. La Syrie, l'Égypte, la Tunisie, l'Algérie, la Yougoslavie, la Bulgarie, la Roumanie et finalement la Grèce s'inspirèrent du Karagöz turc. Leur théâtre d'ombres respectif utilisait les histoires et les personnages tirés des schémas turcs qu'ils assimilèrent totalement à leur propre culture. Comme en Turquie, ces pays utilisèrent Karagöz comme un moyen de critique politique et sociale et même comme une forme d'agit-prop.
Ses personnages
On peut répartir les personnagesen trois groupes strictement définis :
– les personnages principaux ou de base qui forment l'épine dorsale de l'intrigue et apparaissent très fréquemment dans la plupart des pièces. Deux personnages sont absolument nécessaires : Karagöz (d'où vient le nom du genre) et Hadjiyvat, rusé compère du premier ;
– les personnages de femmes, d'enfants, de jeunes filles, de servantes, de vieilles femmes, de sorcières et de danseuses. Ces personnages, bien que souvent présents, ont des rôles mineurs. Cependant certaines pièces sont riches en rôles féminins. Il y avait aussi les épouses de Karagöz et d'Hadjiyvat, leurs enfants, et les frères d'Hadjiyvat ;
– les Taklits, rôles riches de valeur comique, sont des caricatures des artisans, des provinciaux, des coloniaux et des étrangers. Il y a aussi les personnages présentant certaines anomalies comme les nains, les bègues, les bossus, les fumeurs d'opium. Chaque pièce de théâtre d'ombres est divisée en quatre phases : Moukaddeme (prologue ou introduction) ; Mouhavere (dialogue) et Ara Mouhaveresi (intermède) ; Fasil (la pièce proprement dite) se termine par un final rapide.
Bibliographie sélective
- Molière en Turquie, étude sur le théâtre de Karagueuz , par Adolphe Thalasso, Paris : Tresse et Stock, 1888
- Sabri Esat Siyavuşgil,... Karagöz , son histoire, ses personnages, son esprit mystique et satirique , Istanbul : Millî eǧitim basimevi, 1951
- Karagöz , théâtre d'ombres turc, Metin And, Ankara : Dost, 1977
- Théâtres d'ombres , tradition et modernité, [organisé par l'] Institut international de la marionnette ; éd.] sous la dir. de Stathis Damianakosavec la collab. de Christine Hemmet, [Charleville-Mézières] : Institut international de la marionnetteParis : l'Harmattan, 1986