Opérette et théâtre à Berlin
Née avec l'Empire, liée à l'ascension d'une bourgeoisie avide de nouveauté et de distractions, l'opérette berlinoise, par la qualité de ses spectacles et de ses compositeurs, a rivalisé jusqu'au milieu des années 1920 avec le théâtre, qu'elle a souvent influencé.
Inspirée du style français et viennois, l'opérette allemande naît à Berlin entre 1871 et 1881, au Victoria Theater, dirigé par Emil Hahn. Très vite, elle s'émancipe de ses modèles (Offenbach, Franz Lehar) et devient, avec ses pièces en un acte, ses pantomimes, ses décors et sa musique, le cœur de la vie berlinoise. Les plus grands théâtres – l'Apollo Theater, le Metropol Theater, le Wintergarten, le Palast Theater am Zoo – lui doivent leur renommée. Son succès reste lié à une génération de musiciens de théâtre – Paul Linke, Viktor Hollaender, Rudi Nelson – qui, loin de voir en elle un genre futile, s'efforcent de la transformer en un style de théâtre populaire d'une réelle qualité, mêlant les types berlinois et les personnages mythologiques. La somptuosité des décors, commandés à des peintres de renom, la magie des éclairages et surtout les chansons (Schlager) reprises par toute une ville sont à l'origine de l'engouement que l'opérette suscite auprès du public. Chaque classe sociale – du prolétariat à l'aristocratie – se reconnaît dans des vedettes – Fritzi Massary, Trude Hesterbergou Lizzy Waldmüller–, étoiles éphémères de ces spectacles qui fascinent la capitale prussienne. S'opposant à un théâtre souvent académique et aux cabarets essentiellement satiriques, l'opérette berlinoise connaît son apogée de la fin du XIXe siècle au début des années 1920. Elle évolue peu à peu vers le style de la revue, avec l'introduction du nu et des défilés qui font la gloire de l'Apollo Theater et du Wintergarten. Finalement éclipsée par les spectacles de Reinhardt puis la vogue des cabarets, l'opérette a influencé tout le théâtre berlinois. Reinhardt, loin de mépriser ce style, lui donne une dimension artistique nouvelle grâce à la perfection de ses mises en scène. Il s'inspire de la magie de ses éclairages et de ses décors. Piscator conçoit, en 1924, une véritable revue prolétarienne (Roter Rummel). Et c'est à l'opérette que Brecht emprunte certains acteurs de L'Opéra de quat'sous (1928), tel Harold Paulsen, interprète de Mackie Messer. Après 1933, les nazis, séduits par son caractère apolitique, remettent l'opérette berlinoise à la mode.
Bibliographie sélective
- Die Theatralische Revue in Berlin und Wien, 1900-1938 , Typen, Inhalte, Funktionen, Franz-Peter Kothes, Berlin : Henschelverlag, cop. 1977
Classement
Spécialité : Europe du Nord
- Allemagne
- 19ème siècle
- 20ème siècle