Théâtre japonais, mimé, chanté et dansé, accompagné par un chœur et quelques instruments.

Reconnu au XIVe siècle grâce aux efforts de Kan'ami et de Zeami, il se joue encore de nos jours. Le terme est une abréviation pour sarugaku no nô. Les deux dénominations sarugaku et coexistèrent jusqu'au milieu du XIXe siècle.

Évolution et structure

L'origine du remonte au sangaku devenu ensuite le sarugaku (voir Kyôgen). Vers la fin du XIIe siècle, ce sarugaku était représenté par plusieurs compagnies. Il utilisait déjà des mimiques organisées autour d'un thème et enrichies par des chants et des danses. Puis, les sanctuaires et monastères qui soutenaient les compagnies perdirent progressivement leur influence au profit de la classe guerrière naissante. C'est au milieu du XIVe siècle que Kan'ami et Zeami, de la compagnie Kanzé de la région du Yamato, obtinrent l'appui du jeune shôgun Ashikaga Yoshimitsu, seigneur tout-puissant, alors que cette protection officielle avait été jusque-là traditionnellement réservée au dengaku, spectacle mimé, chanté et dansé dont l'origine remonte aux danses agraires primitives, le premier des arts du spectacle de cette époque. Les vassaux, à l'imitation du suzerain, se mirent à soutenir le sarugaku, particulièrement dans la région du Yamato, et ce fut, jusqu'au XVIe siècle, l'âge d'or et la période la plus riche en créations de cet art. À l'aube du XVIIe siècle, sous le gouvernement des Tokugawa, les quatre écoles du Yamato, Hôshô, Konparu, Kanzé et Kongô, dont la tradition remontait au XIVe siècle, ainsi que l'école Kita, récemment apparue, furent rattachées au régime féodal qui utilisa leur musique et leurs spectacles pour les cérémonies officielles. Une loi de 1591 relative au recensement de la profession avait déjà interdit la modification du répertoire ; les acteurs s'attachèrent alors à perfectionner la mise en scène de leurs pièces. Avec l'avènement de l'ère Meiji, après la Restauration de 1868, ils perdirent leur statut ; leur art frisa l'extinction. Après cette période d'incertitude, le retrouva le soutien et la protection de personnalités importantes, au point que les cinq écoles citées survécurent et existent encore aujourd'hui.

Il nous reste environ deux cent cinquante pièces de que l'on peut approximativement répartir en «  d'apparition », où le personnage principal (le shité) est un fantôme, une divinité ou un démon, et en «  du monde réel », où il s'agit d'un être humain. Un programme traditionnel de se compose de cinq pièces de différentes catégories, séparées par des farces, ou kyôgen : d'abord une pièce de divinités, suivie d'une pièce de guerriers, puis une pièce de personnages féminins, une pièce du « monde réel », pouvant aussi mettre en scène des personnages ayant perdu la raison, et enfin une pièce de démons ou d'animaux. La majeure partie de ces pièces fut composée avant la fin du XVIe siècle ; certaines subirent cependant quelques modifications postérieures. Parmi les auteurs, il faut citer Kan'ami (1333 - 1384) pour Sotoba Komachi, Jinen koji, Zeami, Jurô Motomasa (? - 1432) pour Sumidagawa, Yorobôshi, Morihisa, Konparu Zenchiku (1405 - ?) pour Kamo, Bashô, Teika, Miyamasu (contemporain de Zeami) pour Kosode Soga, Kurama tengu, Kanzé Kojirô Nobumitsu (1435-1516), pour Kanemaki, qui a servi de modèle pour la pièce Momijigari, Funa Benkei, Dôjôji, Konparu Zenpô ( 1454 - ?) pour Arashi yama, Ikuta Atsumori, Ikkaku sennin et Kanzé Yajirô Nagatoshi (1488 - 1541) pour Rinzô et Shôzon.

Acteurs et représentation

Les écoles actuelles d'acteurs sont : Kanzé, Hôshô, Konparu, Kongô et Kita pour le rôle principal (shité), Takayasu, Fukuô et Hôshô pour le personnage secondaire (waki), Ôkura et Izumi pour les acteurs de kyôgen chargés de l'interlude (ai-kyôgen) nécessaire entre deux scènes d'une pièce. Pour les musiciens, Issô, Morita et Fujita pour la flûte (nô-kan), Kô, Kôsei, Ôkura et Kanzé pour le tambour d'épaule (kotsuzumi), Kadono, Takayasu, Ishii, Ôkura, Hôshô Rensaburô pour le tambour de hanche (ôtsuzumi) et enfin Kanzé et Konparu pour le tambour à battes (taiko).

Chaque acteur ou musicien se spécialise dans une de ces fonctions dont l'ensemble est nécessaire pour une représentation de nô. Cette représentation est en outre conditionnée par la disposition particulière de la scène (nô-butai) propre à ce genre théâtral (voir le plan donné par Sieffert). Sur cette scène dépouillée au point de n'utiliser le plus souvent aucun élément de décor, les diverses situations de la pièce sont évoquées par les paroles ou les gestes les accompagnant. Le jeu de l'acteur évite tout réalisme et ses gestes sont très stylisés. Généralement le personnage principal porte un masque, et son costume, somptueux, ne correspond pas à sa réalité. La représentation du est ainsi très codifiée et cherche à captiver le public par le charme subtil et l'extrême élégance des personnages.

Bibliographie sélective

Rédacteur(s)
Édition Bordas 2008

Classement

Spécialité : Espace asiatique

Zone(s) géographique(s) :
  • Japon
Période(s) :
  • Moyen âge
  • Renaissance
  • 17ème siècle
  • 18ème siècle
  • 19ème siècle
  • 20ème siècle
  • 21ème siècle
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Date 1ère mise en ligne
Dernière modification
15/06/2026