ZÉAMI
ou Kanzé Motokiyo

Japon, 1363-1443 ou 1364-1444

Brillant acteur, dramaturge et théoricien japonais du théâtre nô.

Zéami, fils de Kan'ami (1333-1384), premier chef de la compagnie de Kanzé de la province de Yamato (région de Nara), reçoit dès l'âge de onze ans la protection du shôgun Ashikaga Yoshimitsu. Il bénéficie ainsi d'une éducation de haut niveau. Il étudie la poésie avec Nijô no Yoshimoto, noble de cour et grand poète. En 1384, il lui faut remplacer à la tête de la compagnie son père, mort soudainement. Il perd les privilèges de protégé du shôgun à la mort de Yoshimitsu en 1408, mais c'est surtout à partir de 1429, avec l'ascension au pouvoir d'Ashikaga Yoshinori, que Zéami et son fils aîné Motomasa, nouveau chef de la compagnie dès 1422, affrontent de grandes difficultés. Après la mort de Motomasa (1433), Yoshinori impose à la tête de la compagnie Kanzé son favori Saburô Motoshigé (On'ami), neveu de Zéami. Zéami est ensuite exilé dans l'île de Sado mais continue toutefois, par ses lettres, à orienter l'art de son gendre Konparu Zenchiku, qu'il considérait comme son véritable successeur. La présence de Zéami à Sado est attestée jusqu'en 1436 ; ensuite, on sait seulement qu'il mourut à quatre-vingts ans.

Œuvres

Pour que la représentation du atteigne le degré extrême de l'élégance et de la finesse, Zéami porte à la perfection la structure des « pièces d'apparition » et exige le plus grand soin dans le choix et la construction de ses personnages. Il considère le chant et la danse comme les éléments les plus importants de la représentation du , rompant ainsi avec la tradition de l'art du Yamato qui s'appuie surtout sur la mimique. Il laisse vingt et une transmissions secrètes, publiées seulement à partir du début du XXe siècle. Parmi celles-ci, dix-neuf sont des traités sur le théâtre, consacrés à des réflexions sur la manière d'atteindre l'effet artistique qui touchera l'âme du public : ses théories de la « fleur », du yûgen (le charme subtil), de la mimique, des exercices de , de la composition, des degrés de l'art du , supportent la comparaison avec celles des grands théoriciens occidentaux modernes. Les plus connus sont : De la transmission de la fleur de l'interprétation (Fûshikaden) en sept livres écrits de 1400 à 1418, le Miroir de la fleur (Kakyô) de 1424, considéré par son auteur comme de la plus haute importance, les Neuf Degrés (Kyûi) qui traite des degrés de l'art du et de leur ordre d'apprentissage et enfin Entretiens sur le nô (Zeshi rokujû igo sarugaku dangi) de 1430, commentaires de Zéami sur le recueillis par son fils Motoyoshi. Ce dernier traité constitue un témoignage essentiel sur les représentations théâtrales de à l'époque de Zéami. Les transmissions restantes sont Museki isshi (Trace d'un songe sur un feuillet) de 1432, lamentation sur la mort de Motomasa et Kintôsho (le Livre de l'île d'or) de 1436, un récit poétique de son exil. De ses lettres à Zenchiku, il ne reste que deux, datées de Sado. Quant à ses pièces, on ne lui en attribue plus aujourd'hui qu'une cinquantaine. Fantômes, divinités et êtres humains en état de folie sont ses personnages préférés. La structure de ses « pièces d'apparition » où, au second acte, le passé du personnage principal se mêle au présent du personnage secondaire comme si ce dernier rêvait, est très élaborée. Dans les Entretiens sur le nô, Zéami cite comme ses chefs-d'œuvre Aritôshi, Kinuta, Izutsu et Tadanori.

L'esprit dans la représentation du

Dans les traités postérieurs à Fûshikaden, Zéami concentre ses recherches sur le travail de l'esprit en tant que semence de la « fleur ». Ainsi, le qui s'impose par l'esprit est celui qui harmonise le rythme de la pièce et dont le public est captivé sans trop savoir par quoi : rien n'est apparent, ni dans le chant, ni dans le mouvement, ni dans la danse ou la narration, mais il possède même ainsi quelque chose qui émeut profondément le public. Zéami dit dans Kakyô : « Mouvoir l'esprit aux dix dixièmes, mouvoir le corps aux sept dixièmes. » Si le corps se meut aux sept dixièmes, les trois dixièmes restants constituent un intervalle soutenu par l'esprit. « Fixez vos yeux devant vous, disposez votre esprit derrière vous » (R. Sieffert) ; l'acteur devra donc se voir, en se mettant mentalement à la place du public, et percevoir les parties de son corps que son regard ne peut atteindre, pour composer une silhouette gracieuse où toutes les parties du corps sont harmonieusement coordonnées. Il est vrai que ces techniques ne peuvent être maîtrisées qu'en se concentrant sur l'esprit de la représentation, après une longue préparation, à base d'exercices de danse, de chant et de mimique. Une fois ces connaissances assimilées, l'acteur atteindra le « degré de l'aisance » grâce auquel il pourra interpréter son rôle et exécuter ses mouvements de manière naturelle sans réfléchir, comme ceux de tous les jours.

Bibliographie sélective

Rédacteur(s)
Édition Bordas 2008

Classement

Spécialité : Espace asiatique

Zone(s) géographique(s) :
  • Japon
Période(s) :
  • Moyen âge
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Date 1ère mise en ligne
Dernière modification
15/06/2026