Kyôgen
Intermède comique entre deux pièces de nô qui se développa au Japon au cours du XIVe siècle et qui est encore représenté de nos jours.
Le kyôgen et le nô tirent leur origine du sangaku (divertissements variés), art du spectacle venu de la Chine des Tang (618-908) au Japon vers le VIIIe siècle. Lorsque la mimique eut pris le pas sur les acrobaties et autres tours de magie, le sangaku devint le sarugaku (singeries) qui allait donner naissance au kyôgen et au nô. La coexistence de ces deux genres dans un même spectacle est attestée dès le milieu du XIVe siècle. Le kyôgen de cette époque devait être improvisé, l'argument s'inspirant de la vie quotidienne. La fixation et la codification du langage et de la représentation du kyôgen commencèrent au cours du XVIe siècle lorsque les quatre compagnies de nô de la province du Yamato (région de Nara), et donc les troupes de kyôgen qui leur étaient rattachées, passèrent sous la protection du gouvernement. Quant aux acteurs qui n'étaient pas liés à ces compagnies de nô et qui continuèrent à s'inspirer des événements de la vie quotidienne, ils furent progressivement absorbés par le théâtre kabuki qui commençait alors à s'épanouir. Ainsi, les pièces qui nous sont restées proviennent des écoles : Ôkura, liée à la compagnie de nô Konparu, Sagi (aujourd'hui disparue), liée à la compagnie Kanzé, et Izumi, liée à la famille Tokugawad'Owari (de la région d'Aichi).
Les pièces et leurs représentations
Des quatre cents à cinq cents pièces transmises, deux cent soixante environ sont encore jouées par les écoles Ôkura et Izumi aujourd'hui. Il est d'usage de les répartir en dix groupes selon leur thématique ou les emplois : pièces dont le thème est un événement heureux, pièces qui mettent en scène le valet Tarô et un daimyô (seigneur féodal) et où l'un des héros fait les frais de la farce, pièces où le gendre est ridiculisé par son beau-père, où la femme est dominatrice, où le diable est sentimental et faible, où le bénisseur est inefficace, pièces du religieux ou du sculpteur de statues de Bouddha cupide, de l'aveugle ridiculisé, et enfin le groupe des pièces de gredins, voleurs et querelleurs et des pièces clés qui constituent des exercices de perfectionnement pour les acteurs.
Pour sa représentation, par opposition au nô, théâtre masqué centré sur la danse et le chant, le kyôgen, théâtre du dialogue et du geste, ne fait pas, en général, appel au masque. Les dialogues utilisent la langue parlée (celle du XIVe au XIXe siècle) et évoquent sur la même scène dépouillée que le nô des événements de la vie quotidienne de cette époque, tandis que le nô s'inspire de contes et légendes plus anciens. Le personnage du nô a un nom, celui du kyôgen est anonyme et peut être rencontré n'importe où, au coin même de notre rue. L'alliance du nô et du kyôgen a pu résister et résiste encore justement grâce à l'efficacité inhérente à leurs contrastes.
Bibliographie sélective
- Nô et kyôgen , présenté et traduit du japonais par René Sieffert, Paris : Publications orientalistes de France, 1979
Classement
Spécialité : Espace asiatique
- Japon
- Renaissance
- 17ème siècle
- 18ème siècle
- 19ème siècle