VITRAC Roger
Auteur dramatique français, inventeur de la dramaturgie onirique.
Voulant faire du théâtre une forme de réalisme supérieur qui intègre toutes les dimensions de la vie psychique, il est le seul surréaliste à concevoir son œuvre en vue de la représentation scénique. Son œuvre principale, Victor ou les Enfants au pouvoir (1928), est désormais un classique du XXe siècle.
Son enfance provinciale servira de toile de fond à la plupart de ses pièces. Venu à Paris en 1911, il fait ses études au collège Chaptal. Au service militaire, il rencontre Crevel, Limbour, Arland, avec lesquels il fonde la revue Aventure qui publie en 1922 sa première pièce, Le Peintre. Il prend part aux manifestations dada, collabore à la revue Littérature de Breton, « fait acte de surréalisme absolu » et rédige avec Éluard la préface au premier numéro de la Révolution surréaliste : « Parents, racontez vos rêves à vos enfants », écrit-il. Complice d'Artaud, il anime avec lui le théâtre Alfred-Jarry (1926-1929), ce qui contribue à son exclusion du surréalisme. Pourtant ses poèmes (Cruautés de la nuit, 1927 ; Humoristiques, 1927 ; La Lanterne noire) recueillis dans Dés-Lyre (1964), ses récits d'exploration lyrique (Connaissance de la mort, 1926) et son théâtre relèvent alors totalement de la conception surréaliste. Parallèlement à une carrière d'auteur dramatique d'avant-garde ponctuée de demi-succès, il devient journaliste et dialoguiste de films.
Son œuvre théâtrale forme trois cycles entremêlés :
– le Théâtre de l'incendie avec Le Peintre (1921), Entrée libre (1922), Les Mystères de l'amour (1924), ces derniers montés par Artaud. C'est un équivalent de ce que celui-ci postulera dans le « théâtre de la cruauté » ;
– la trilogie d'essence autobiographique : Victor ou les Enfants au pouvoir (1928), Le Coup de Trafalgar (1930), Le Sabre de mon père (1950). C'est la vie des petits bourgeois observée par un enfant « terriblement intelligent » qui manipule son entourage d'adultes comme autant de marionnettes et les conduit aux pires extrémités, dénonçant au passage les conventions fondatrices des institutions telles que la famille, l'armée, la religion, le travail. Qualifié de « drame bourgeois » par l'auteur, Victor ou les Enfants au pouvoir a la structure fondamentale d'une tragédie. Adoptant la loi du tout ou rien caractérisant l'univers tragique, le héros de neuf ans, ayant appris de la vie et de la mort tout ce qu'un vivant en peut savoir, choisit de mourir plutôt que d'accepter les compromis et les compromissions du monde adulte ;
– « La vie comme elle est », titre qui aurait rassemblé Les Demoiselles du large (1935), Le Camelot (1936), La Bagarre (1938), Le Loup-garou (1940), Le Condamné (1945). Une image imprévue du destin détermine, à leur insu, l'action des personnages qui tentent d'y échapper, dans un univers fait d'illusion. Pour Vitrac, le hasard objectif, les coïncidences invraisemblables sont les ressorts d'un « vaudeville métaphysique » invitant à explorer l'absurde et le néant.
Exploitant les travers du langage (jeux de mots, lapsus) tout en restant physique, ce théâtre vise à provoquer le rire à travers une psychologie de la vie quotidienne et de l'univers onirique. Il révèle les aspirations, l'ambivalence du sentiment, l'érotisme exacerbé, le rire en pleurs d'une humanité entravée par sa morale autant que par les conditions socio-économiques.
Bibliographie sélective
- Roger Vitrac , un réprouvé du surréalisme, Henri Béhar, Paris : A.-G. Nizet, 1966
- Vitrac , théâtre ouvert sur le rêve / Henri Behar , Bruxelles : LaborParis : F. Nathan, 1980
- Théâtre et poésie surréalistes , Vitrac et la scène virtuelle, par Martine Antle, Birmingham, Ala. : Summa publ., 1988
Classement
Spécialité : 19ème et début 20ème siècle
- France
- 20ème siècle