Libye
(Le théâtre en)
Contrairement à certaines affirmations de chercheurs selon lesquelles les Libyens n'ont connu l'art dramatique qu'après l'indépendance, on est en mesure, sur la foi d'informations écrites, certes rares, de faire remonter les premiers balbutiements de cet art à la fin des années vingt.
Comme les autres pays arabes, la Libye accueillit les troupes égyptiennes et même tunisiennes (de Salama Hijazi, de Georges Abiad, de Mounira el Mahdia et de Youssef Wahbi) dans les années vingt. Les jeunes de Darna, de Tripoli et de Benghazi, émerveillés par le jeu de ces comédiens se lièrent d'amitié avec eux et entretinrent une relation épistolaire régulière. Peu après, ils commencèrent à monter des sketches et à imiter ces artistes qui leur avaient fait découvrir certains aspects de l'art dramatique, encore tout neuf dans les pays arabes. Des lettrés se mirent à écrire et à jouer des saynètes. Le poète Ahmed Qanaba mit en forme quelques sketches qu'il interpréta devant un public clairsemé. Un autre poète, Ibrahim el Ousta Omar créa vers le début des années trente la troupe de Darna (avec Mohamed Abdelhadi) qui présentait ses pièces à Tripoli. El Ousta jouait, mettait en scène, s'occupait des décors et des accessoires, faisait la promotion de ses spectacles et recrutait les comédiens, en véritable homme-orchestre. Ce qui permit aux Tripolitains de se familiariser avec l'art scénique et de créer leur propre troupe, vers 1936, grâce à Ahmed Qanaba. Durant cette période et après l'indépendance, quelques troupes d'amateurs virent le jour à Darna, Tripoli et Benghazi. On peut citer, entre autres, la troupe de musique et de théâtre dirigée par Mokhtar Ramadane El Assoued et Mesrah el Amel de Abdelhamid el Mejrab. Troupes en quelque sorte semi-professionnelles, elles se déplaçaient de ville en ville, organisaient des tournées et tentaient de séduire le grand public. La première formation professionnelle – la Troupe nationale du théâtre (El firqa el Qawmiya littemthil), dirigée par Mustapha Mohamed Laamiyar – vit le jour en 1951.
En 1963 fut ouvert à Tripoli un institut de musique et de théâtre formant essentiellement des comédiens qui, pour certains, se retrouvèrent dans les différentes troupes libyennes. On créa à Benghazi et à Tripoli des théâtres nationaux publics dont les membres percevaient un salaire. Le théâtre national de Benghazi, ouvert à la fin de 1968, monta, entre 1970 et 1992, 32 pièces d'auteurs arabes et européens dont une grande partie fut mise en scène par Mohamed Ali Bouchaala ainsi que par Abdellah Ahmed Abdellah, Essayed Radi et Daoud el Houti. Molière, Brecht, Tawfik el Hakim, Dürrenmatt constituèrent, notamment au début, le noyau du répertoire.
Le Théâtre el Kechef (Théâtre national) de Tripoli fonctionne sur le même mode, même si celui de Benghazi est le plus convaincant. Mais durant les deux dernières décennies, une chape de plomb s'est abattu sur le théâtre et a imposé une thématique « révolutionnaire » qui sacrifie l'art au politique. Ces dernières années, des troupes privées ont commencé à renouer avec les œuvres universelles et à se familiariser avec les nouvelles techniques de représentation. Des troupes comme le Théâtre libre (el Mesrah el hor) semblent donner une nouvelle dimension à l'art théâtral. Les théâtres nationaux et les troupes privées constituent l'ossature de l'art scénique, mais le niveau technique reste médiocre.
La formation demeure un élément important ; à côté du département du théâtre à la faculté des Beaux-Arts (université de Tripoli), il existe une autre école spécialisée, l'Institut Jamal Eddine el Miladi, créé en 1972. L'État édite de nombreuses revues culturelles dont une consacrée au théâtre et au cinéma (El Mesrah wal Khayala, le Théâtre et le cinéma). Le théâtre est encore à la recherche de son identité et de sa voie.
Classement
Spécialité : Maghreb et Moyen-Orient
- Libye
- 20ème siècle