Islamiques
le théâtre dans les pays

Il s'agit d'une communauté formée de 750 millions de croyants dont la civilisation varie selon le caractère ethnique et culturel du pays intéressé. Des pays comme l'Inde*, la Malaisie* et l'Indonésie* ont gardé leur héritage théâtral très riche tout en adoptant l'islam mais on peut remarquer l'absence de grandes œuvres dramatiques dans les pays islamiques, due probablement à un manque de mythologie. Les mythes relèvent en effet de la tradition orale.

Les raisons d'une absence

Il existe divers points de vue sur la réticence à l'égard du théâtre dans le contexte islamique. Certains la justifient par le fait que le musulman n'a pas de conflit intérieur. Sa conception autocratique de Dieu et sa soumission au destin lui font considérer l'homme comme un tout qui ne se révolte jamais contre la puissance éternelle ; le héros dramatique n'essaie pas de prendre sa vie en main car il sait que la seule puissance qui le dépasse est celle de Dieu. Un autre point de vue se fonde sur la structure sociale de la société arabe, nomade à l'origine et donc moins apte à développer un théâtre stable qui ne se développe bien qu'en milieu urbain. On avance aussi comme argument la nature de la langue arabe, une langue littéraire artificielle et pétrifiée, qui ne se prête donc pas à la représentation théâtrale. Les auteurs dramatiques musulmans contemporains sont conscients de ce problème et s'efforcent d'utiliser la langue parlée, celle des tribus, des paysans. Un dernier point de vue essayant d'expliquer le manque d'œuvres dramatiques d'inspiration islamique suggère que l'interdiction de représenter figurativement les créatures en serait la cause. Or, dans le Coran, il ne se trouve aucune indication à ce sujet. Cette interdiction est le résultat de l'interprétation faite par des puristes qui attribuent à Mohammed des paroles allant dans ce sens.

Des formes populaires de spectacle

Dans les pays islamiques, que l'on y parle arabe, persan ou turc, il existe des points communs entre les formes préthéâtrales. En effet, dans chaque pays les conteurs professionnels étaient l'occasion du spectacle. On les appelait ravi en arabe, meddah en turc, naqqal en persan, houlki hikaye en ouzbek, fdaoui en arabe de Tunisie. Parfois, ces conteurs s'accompagnaient d'un instrument tels les bakchi au Turkistan, les chair mouhadditin en Égypte, achoug en Turquie et en Azerbaïdjan. En Perse et en Irak, les conteurs sont quelquefois deux et produisent un dialogue. C'est le cas des souhan-veri en Perse et des al-masrah al-ihbari en Irak. D'autres fois encore, les conteurs sont des montreurs d'images comme le furent les perdedari en Perse, ou ce qu'on appelait sandouq'l al-dunia ou encore sandouk'l'gayib pour les enfants, ainsi que les faldjian-i mousavvir des Ottomans.

Un autre point commun est constitué par l'existence du théâtre d'ombres et de marionnettes. Le Karagöz* turc fut adopté par les Syriens, les Égyptiens, les Tunisiens, les Algériens et les Libyens. Les Turcs disposaient de différents types de marionnettes à gaine et à fils, les Égyptiens avaient Aragoz , les Azerbaïdjanais le kilim-arasi, les Perses le haime-i shebbazi (à fils) et Kechel Pehlavan (à gaine). Au Turkistan et en Ouzbékistan on connaissait surtout le tchadar hayal (à fils) et le kol kortchak (à gaine).

En outre, dans les pays islamiques, les danseurs et danseuses professionnels étaient aussi acteurs et actrices. Les danseurs étaient parfois déguisés en femmes comme les kötcheks turcs et les bétchés du Turkistan. D'autres fois, si le rôle l'exigeait, les danseuses se déguisaient en hommes. Ces danseurs étaient parfois associés à des bouffons, ainsi en Turquie les kötcheks et les djourdjounabaz, en Égypte les danseuses publiques et les bouffons. Dans certains pays, on voit un spectacle mêlé de danses, de chants et de farces. Il porte le nom de samir chez les Arabes. Chez les Bédouins du Sinaï, il y avait deux sortes de samir : er-raza où des poètes improvisaient, et el-khojar ou des poètesses remplissaient cette fonction. D'autres formes de spectacles s'appelaient masrah'l bsat et al-halqa * (le cercle) chez les Arabes. Dans les pays où l'on parlait persan ou turc, c'étaient des temashahs.

La comédie populaire improvisée, les farceurs et les bouffons étaient très répandus. On les appelait louti en Iran, moqalid en Afghanistan, mouhabbazin en Égypte. Pour ce qui est de la comédie improvisée elle a aussi son appellation propre : ru-howzi en Iran, ortaoyunu * en Turquie et moqoladi en Afghanistan.

Les musulmans et le théâtre occidental

Au cours du deuxième tiers du xix e siècle, le monde musulman a découvert le théâtre de type occidental. Les premières tentatives ont lieu en Turquie, en Azerbaïdjan et au Liban. Des pays comme l'Algérie, la Tunisie et l'Égypte furent influencés par le théâtre français et anglais tandis que le théâtre russe eut de l'effet sur celui d'Azerbaïdjan, du Turkménistan et de l'Ouzbékistan. Dans un groupe de pays, on s'est mis à construire des théâtres et à former des troupes permanentes alors qu'ailleurs ce sont les auteurs dramatiques qui sont apparus au premier plan. C'est ainsi qu'au Pakistan il y a eu des auteurs dramatiques de valeur mais jamais une activité théâtrale parallèle.

Dans certains pays islamiques, le théâtre de type occidental ne s'est jamais développé. C'est, en particulier, le cas de l'Arabie Saoudite, des Émirats et de la Jordanie. Le Koweït adopte cette forme de théâtre en 1936. Les républiques musulmanes d'Union soviétique telles que l'Ouzbékistan, le Turkménistan, le Kazakhstan, la Kirghizie, la Bachkirie ont franchi le pas dix ans plus tôt, en 1926.

Tout d'abord, Molière est pris pour modèle [voir Molière en Orient]. À peu près tous les pays islamiques ont traduit ou adapté cet auteur français. Dans ce dernier cas, les personnages de Molière sont situés dans le milieu et les coutumes du pays en question. À part Molière, on choisit des sujets s'inspirant de romances, de contes populaires avec des personnages populaires. De nos jours, on pense qu'il est vital de mélanger harmonieusement des éléments indigènes, donc traditionnels, avec des éléments occidentaux tout en créant ainsi une identité nationale. Certains écrivains ont trouvé de cette façon de nouvelles formes d'expression ; ainsi le Marocain Al Alj* a adopté les maqamat (assemblées) dans le style du théâtre de marionnettes et il a utilisé comme décor la calligraphie arabe. En Iran, Bizban Mofidcompose sa pièce avec des sketches brefs et des contes présentés par naqqal, le conteur public iranien. En Turquie, certains auteurs ont choisi des voies différentes tels Haldun Taner, Oktay Arayici, Turgut Özakman.

Rédacteur(s)

Classement

Spécialité : Maghreb et Moyen-Orient

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Date 1ère mise en ligne
Dernière modification
15/06/2026