Guatemala
(Le théâtre au)

Après avoir conquis son indépendance face à l'Espagne, en 1821, le Guatemala fait partie des Provinces-Unies d'Amérique centrale, n'obtenant son autonomie qu'en 1839. L'héritage maya et l'apport espagnol font que ce pays occupe une place culturelle prépondérante parmi les républiques hispano-américaines, avec une tradition de théâtre indigène et colonial particulièrement riche. La seule pièce de structure préhispanique connue sur le continent américain, le Rabinal Achí, conservée grâce à la tradition orale, est dictée en langue quiché par l'Indien Bartolo Ziz à l'abbé français Ch. E. Brasseur de Bourbourg (1814-1874) en 1855 dans le village de Rabinal. L'abbé la publie en version bilingue quiché-français (Paris, 1862). Théâtre traditionnel (indigène ou métis) et théâtre savant font la richesse du Guatemala. Dans ce dernier se distinguent les dramaturges Asturias (le plus novateur), Galich, Mario Monteforte Toledo (né en 1911), plus connu comme romancier, et Miguel Marsicovétere y Durán (né en 1912), qui fonde le Grupo Tepeus en 1930, influencé par Pirandello dans La Mujer y el Robot (La Femme et le Robot, 1935) et El espectro acróbata (Le Spectre acrobate, 1935). Leur succèdent Solórzano (qui a fait une carrière d'auteur et de critique au Mexique), Hugo Carrillo (1928-1994) et Manuel José Arce (1936-1985), mort en exil en France. Carrillo fut un grand animateur théâtral, en tant que metteur en scène, adaptateur et auteur. Ses pièces ont rencontré un public beaucoup plus large que d'habitude, en particulier : La calle del sexo verde (La Rue du sexe vert, 1959) ; El corazón del espantapájaro (Le Cœur de l'épouvantail, 1962) et son adaptation du célèbre roman d'Asturias, El señor Presidente (Monsieur le Président, 1974), qui a obtenu un record d'audience. Quant à Arce, sa pièce la plus connue est Delito, condena y ejecución de una gallina (Délit, condamnation et exécution d'une poule, 1969), à fort contenu politique et social. Cependant, à la fin de sa vie, il a laissé la trilogie Viva Sandino (1979), inspirée par le héros nicaraguayen en lutte contre l'occupation de son pays par les États-Unis (1912-1932) et la pièce Arbenz, el Coronel de la primavera (Arbenz, le Colonel du Printemps), créée en France (Albi, 1985), autour de Jacobo Arbenz, militaire progressiste élu démocratiquement en 1951 et renversé en 1954 avec l'aide de la CIA.

Une nouvelle génération émerge avec Marco Antonio Flores (né en 1937) : El cascabel del gato (Le Grelot du chat) et Entretener para cantar (Divertir pour chanter, 1972), qui fonda avec Augusto Medina le Teatro de vanguardia ; Lionel Méndez Ávila (né en 1939) : Cuadro de nuevas costumbres o Los desaparecidos (Tableau de nouvelles mœurs ou les Disparus, 1971) ; Rolando Mendizábal (1939-1973) : Afuera es domingo (Dehors, c'est dimanche, 1970), Los condenados (Les Condamnés) et El espejo humeante (Le Miroir fumant, 1976) ; Manuel Corletto (né en 1944), metteur en scène et cinéaste : Algo más de treinta años (Un peu plus de quarante ans, 1970), El día que a mí me maten (Le Jour où l'on va me tuer, 1977) ; et Víctor Hugo Cruz, aussi comédien, metteur en scène et fondateur du groupe Los comédiantes en 1971, qui a fait jouer la plupart de ses pièces : El benemérito pueblo de Villa Buena (1974), Smog (1974), La muerte de Go-Liat (1976), La pastelería (La Pâtisserie, 1976), parmi d'autres, toutes très critiques face à l'histoire mouvementée de son pays dans sa dérive répressive.

La formation de compagnies est indispensable pour constituer une véritable dramaturgie nationale, mais leur professionnalisation a été lente. Un groupe pionnier a été le Teatro de Arte Universitario (1948) de l'université de San Carlos, fondé par les frères Roberto et Carlos Mencos, devenu en 1952 un théâtre de chambre avec Carrillo et d'autres. L'année suivante, celui-ci crée le premier Teatro Oficial de Bellas Artes. En 1964 il organise le Teatro Clásico para Estudiantes et fonde avec Norma Padilla la Compañía Nacional de Teatro, qu'il dirige pendant quatre ans. Il est à l'origine aussi de Teatro Club (1974). Une autre troupe novatrice, le Grupo Artístico de Escenificación Moderna (GADEM, 1954), dont Luis Herrera est l'un des piliers. Il connaît une période d'essor au milieu des années soixante avec le concours du metteur en scène argentinCarlos Catania. Herrera fonde aussi le Grupo Teatro Diez (1971), soutenu plus tard parJulio Díaz et Ricardo Mendizábal. Un autre groupe emblématique a été la Compañía de Teatro de la Universidad Popular (1962), dirigée par Rubén Morales Monroy, héritière du Grupo Artístico Thalía, fondé par Manuel Lisandro Chávez en 1947. Celui-ci anime également le groupe Escenario 7-79 depuis 1979, qui privilégie le répertoire guatémaltèque. Il faut citer aussi d'autres groupes importants : Teatrocentro (1973), dont la première création fut Fando y Lis d'Arrabal, suivie d'un répertoire européen et latino-américain de qualité, où Luis Tuchán a été remarqué comme acteur et metteur en scène, en plus de son rôle très important comme formateur des nouvelles générations de comédiens ; Maíz y Jade (1981) sous le patronage du Centro Cultural M.A. Asturias ; et le Grupo Teatro Vivo (1977), composé de jeunes de talent. Après la création de spectacles à succès, El mundo de los burros (Le Monde des ânes), Éxodo 76 et La frontera (La Frontière), ils ont dû s'exiler en Europe au terme d'une tournée internationale. Parce qu'en toile de fond de la seconde moitié du XXe siècle, la politique répressive de différents gouvernements a coûté parfois la vie, la prison ou l'exil aux gens de théâtre. Malgré les risques, une autre génération prend courageusement la relève, représentée par Jorge Hernández Vielmann, Rolando Cáceres, Humberto Salazar, Olga Armírez, Abel Lam, Antonio Güitrón, Luis Escobedo, Ingleberto Robles, Rodrigo Soberanis, Gerardo Hurtado, Juan Carlos Rodas… Le théâtre guatémaltèque a des bases solides, dans le versant populaire aussi bien que savant, de façon à rebondir certainement à l'aube du troisième millénaire.

Rédacteur(s)
Éditions Bordas, 2008

Classement

Spécialité : Europe du Sud et Amérique latine

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Date 1ère mise en ligne
Dernière modification
16/06/2026