Galli-Bibiena
(Les)

Famille d'architectes et de peintres italiens.

Cette véritable dynastie originaire de Bibbiena, près d'Arezzo, étendra son empire du XVIIe au XVIIIe siècle sur toute l'Europe, préservant le secret de son art tout en diffusant ses idées et ses méthodes dans une étroite collaboration entre maître, élèves, assistants et exécutants.

De Giovan-Maria (1625-1665), peintre, naquit deux fils, Ferdinando (1657-1743) et Francesco (1659-1739). Ferdinando eut quatre fils décorateurs dont Antonio (Bologne 1700-1774), architecte du Teatro Communale à Bologne (1755-1763). Francesco travailla à la cour de Vienne où il construisit le théâtre d'Opéra en 1704, ainsi qu'à Nancy, également pour construire l'Opéra (1709).

Ferdinando, architecte et peintre, il bouleversa la scénographie en définissant une nouvelle règle de construction perspectiviste. La veduta per angolo (la vue sur l'angle) qu'il propose – énumérant méthodiquement les 72 opérations nécessaires « pour mettre les scènes théâtrales en perspective » – modifie radicalement les pratiques habituelles. Travaillant d'abord à Parme pour les Farnèse, Ferdinando construira en 1731 le Théâtre royal de Mantoue. Parallèlement à cette activité pratique, il codifie et publie ses conceptions et ses procédés. En 1711, dans Architettura civile preparata sulla geometrica ridotta alla prospettiva publié à Parme, Bibiena expose un principe induit de la perspective mais jusqu'alors peu développé ou théorisé. Décentrant complètement le point principal de fuite, il crée une perspective oblique, cette fameuse vue sur l'angle établie non plus seulement sur le point principal exilé hors des limites du tableau mais surtout sur les points de fuite diagonaux, dits secondaires ou accidentels. Dans une telle vue, tout est biaisé ; il n'y a plus de convergence unique, cet entonnoir qui aspire, enferme le regard et « achève l'imagination du spectateur » comme le dit Francesco Algarotti en 1763 dans son traité Saggio sopra l'opera in musica. Au contraire, le regard glisse, échappe et se déplace sans cesse dans une composition ouverte construite sur des points de fuite qui se dérobent en raison de leur position hors du champ de vision. Cela conduit à des représentations homogènes, contrastées, asymétriques, infinies, alternance d'angles saillants et rentrants qui éclatent et dispersent le regard de droite et de gauche, projetant le spectateur dans le tableau.

Il est très difficile de dénombrer et d'attribuer avec précision les travaux des Bibiena. Leurs décorations largement diffusées par la gravure ont contribué à fixer l'image rocaille de ce siècle. Leur influence s'est étendue partout, à Rome, à Naples, à Turin, à Parme, à Milan, à Munich, à Vienne, à Berlin, à Prague, à Saint-Pétersbourg, à Madrid, développant à une échelle jusqu'alors inconnue le jeu des filiations qui caractérise l'histoire des décorateurs italiens depuis Serlio et celui des traditions familiales avec les Parigi, les Vigarani, les Burnacini ou encore les Mauro ou les Galliari.

Rédacteur(s)
Éditions Bordas, 2008

Classement

Spécialité : Technique et créateurs techniques

Zone(s) géographique(s) :
  • Italie
Période(s) :
  • 17ème siècle
  • 18ème siècle
Ajouter à Mon Dictionnaire
Imprimer Partager
Date 1ère mise en ligne
Dernière modification
15/06/2026