Élisabéthain
(Théâtre)

Au sens étroit, c'est le théâtre de la seconde moitié du règne d'Élisabeth (1576-1603). Au sens large (le plus fréquent), c'est le théâtre des années 1558 (début du règne d'Élisabeth) à 1642 (date de la fermeture des théâtres sur ordre du Parlement), période qui recouvre donc aussi les règnes de Jacques I er et de Charles I er. Ce fut le temps de la plus belle et la plus grande floraison du théâtre anglais. Il se caractérise par la création des premières salles permanentes, par la montée du professionnalisme et par l'apparition de formes nouvelles.

Le théâtre fut pourtant durant toute cette période en butte à l'opposition véhémente des puritains, pour des raisons religieuses et morales, et à l'hostilité des autorités municipales, qui redoutaient les désordres. De terribles épidémies de peste entraînèrent très souvent, et pour de longs mois, la fermeture des salles. La censure s'exerça sur les textes joués et sur les textes publiés. Les compagnies élisabéthaines eurent en revanche le soutien de la cour et celui d'un vaste public provenant de toutes les classes de la société. Quelques chiffres donnent une idée de la passion que le théâtre suscita. Environ six cents pièces de cette période nous sont parvenues ; environ six cents autres nous sont connues par des mentions diverses ; on estime à au moins autant et probablement beaucoup plus le nombre de celles qui ont totalement disparu. Encore ces chiffres excluent-ils les pièces écrites en latin et les spectacles semi-dramatiques, fort nombreux à l'époque. On a dénombré près de 250 auteurs, dont une cinquantaine de professionnels ou semi-professionnels. Entre 1592 et 1597, années où les épidémies de peste furent longues et nombreuses, Henslowe recensa pour le seul théâtre de la Rose 114 pièces, dont une soixantaine « nouvelles », qui donnèrent lieu à 883 représentations. Seule l'Espagne du Siècle d'or connut un phénomène comparable. Mais en Angleterre le mouvement fut essentiellement londonien.

Les lieux de spectacle

Des spectacles avaient depuis longtemps été donnés dans des lieux tels que des arènes pour combats d'animaux ou des cours d'auberge. Le premier théâtre proprement dit fut, semble-t-il, le Red Lion, aménagé dans une auberge d'un faubourg de Londres en 1567. En 1576, comme le Red Lion, et avec le concours du même promoteur, le célèbre Theatre de Burbage fut lui aussi construit en banlieue. L'emplacement était peu favorable, mais il était interdit d'ouvrir un théâtre à l'intérieur de la cité. La même année, pourtant, le maître des Enfants de la chapelle royale tourna la difficulté. Il loua une salle d'un ancien prieuré de dominicains (le Blackfriars) qui se trouvait dans Londres, mais échappait à la juridiction des autorités municipales. Il y aménagea une salle et y fit jouer ses choristes. Ce double départ est important : dès lors Londres allait avoir deux sortes de théâtres : les uns, comme le Theatre de Burbage, exilés hors les murs, « ouverts » (c'est-à-dire sans toit au-dessus du parterre) et « publics » (c'est-à-dire financièrement accessibles à tous), les autres, comme le Blackfriars, situés dans la cité, « fermés » (c'est-à-dire dans un bâtiment entièrement couvert), et « privés » (c'est-à-dire réservés à l'origine à des intimes, mais accessibles bientôt à quiconque pouvait payer un prix de place élevé). La proximité, le confort des salles et l'évolution du goût finirent par donner un avantage aux seconds. En 1600 Londres comptait cinq théâtres « publics » et un théâtre « privé » ; en 1642, trois théâtres « publics » et trois théâtres « privés », ceux-ci étant de loin les plus appréciés. C'est pourtant dans un théâtre « public », le Globe, que furent jouées les plus grandes tragédies de Shakespeare . Le mouvement lancé en 1576 se poursuivit avec la construction du Curtain (1577-1627), de Newington Butts (1579-1595), de la Rose (1587-1603), du Swan (1595-1632), du Globe (1599-1613 et 1614-1642), de la Fortune (1600-1621 et 1623-1642), du second Blackfriars (1600-1642), du Red Bull (1605-1642), du Whitefriars (1606-1614), du Hope (1614-1617), du Cockpit (1617-1642) et de Salisbury Court (1629-1642). Certaines années le public disposa de sept ou huit théâtres, sans compter les auberges, que l'on continuait à utiliser, et les palais (Hampton Court, Whitehall) où l'on jouait devant la cour. Tous n'étaient pas exclusivement consacrés à l'art dramatique : certains proposaient aussi des combats d'animaux et des spectacles de lutte. Mais ce nombre est une indication de la popularité du théâtre dans une ville qui ne comptait que 200 000 habitants.

Les auteurs et les œuvres

On donnait peu de représentations d'une même pièce. Il fallait donc beaucoup de textes, que l'on se procurait auprès d'auteurs professionnels, ou plus ou moins amateurs. Les professionnels écrivaient parfois seuls (ce fut le cas des plus grands), souvent en collaboration. Il y eut de véritables ateliers de fabrication de pièces. Bon nombre d'auteurs étaient d'anciens étudiants d'Oxford ou de Cambridge. Beaucoup aussi hantaient les écoles de droit de Londres, où se côtoyaient non seulement les étudiants, mais toutes sortes de Londoniens, de provinciaux et d'étrangers. Ce milieu était féru de théâtre, et il exerça sur le goût du public une influence profonde.

Les auteurs délaissèrent vite les modèles traditionnels et se soucièrent peu d'aller en chercher de nouveaux à l'étranger. Dès avant 1590 apparurent des formes originales d'écriture dramatique, témoignant d'une totale liberté de goût et d'un serein mépris des règles classiques. La structure fondamentale des pièces était la scène, conçue comme ce qui se passait en un même lieu dans une séquence temporelle ininterrompue. La notion d'acte* était connue, mais elle fut longtemps négligée. C'est avec Ben Jonson qu'apparut le découpage néoclassique. L'essentiel était de raconter une histoire, d'exprimer les vérités du cœur et de l'esprit et de refléter le spectacle du monde. On osa évoquer des problèmes philosophiques aussi bien que des faits politiques et sociaux. Il y eut, certes, des évolutions. Les grandes fresques historiques inspirées par l'histoire nationale disparurent presque complètement après 1600 ; la tragi-comédie* et la comédie romanesque dominèrent l'époque de Jacques I er. L'exaltation des vertus héroïques fit place de plus en plus au cynisme. On a souvent parlé d'une décadence à partir du milieu de l'époque jacobéenne. Il est vrai que le théâtre se détourna de la grande poésie tragique, et que, dès son avènement, Jacques I er montra sa préférence pour les divertissements évanescents et coûteux que furent les masques de cour. Mais le déclin fut d'abord celui d'une société divisée, dont le théâtre refléta la décadence morale et politique à la veille de la révolution qu'allait connaître l'Angleterre. Il faut dire aussi que les chefs-d'œuvre de Shakespeare et de ses contemporains étaient entrés dans le répertoire : les premiers élisabéthains étaient déjà devenus des classiques.

Rédacteur(s)

Classement

Spécialité : Antiquité - 16ème siècle

Période(s) :
  • 17ème siècle
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Date 1ère mise en ligne
Dernière modification
26/05/2026