Diction

Diction vient de dictio qui sert d'abord à désigner dans un discours « l'arrangement des mots », leur choix, avant de signifier dès le XVIe siècle, la « manière de dire ». Elle relève de la partie rhétorique qu'on nomme actio et plus précisément du geste vocal de la pronuntiatio. Au XVIIIe siècle, dans sa définition aussi bien que dans son emploi, la diction va s'entendre comme une « déclamation restreinte » : elle n'est plus greffée sur le système des passions ni sur les tons de l'ancienne tragédie. Elle se substitue progressivement à cet art de l'éloquence, qu'elle remplace dans l'enseignement au Conservatoire, en 1921.

Elle en préserve toutefois l'ancien dispositif et continue d'associer, à la fin du XIXe siècle, le schéma intonatif d'une phrase à la forme cadentielle de la tonalité – « on baissera d'une quinte sur la cadence de la phrase » (P. Legouvé, la Lecture en action, 1892) – et de corréler jusque dans le milieu du XXe siècle affects, sentiments, aux tons de la voix. Jouvet dans le Comédien désincarné suspend, dans un grand ralenti, une de ses répliques pour nous immerger dans l'écoute d'un monde encore sonore. « L'entrée sur scène est un élan […] un accord que l'acteur joue sur son clavecin dont il écoute en lui-même la résonance, les harmoniques, les petites vibrations […]. Pendant que le comédien dit sa réplique, j'écoute le ton et la hauteur de sa voix, j'observe sa diction, son articulation, le rythme du texte, sa cadence […], le nombre de mesures qu'il me reste […]. Je reviens à mon rôle, la tension s'exerce à nouveau et je dis ma réplique ».

Cette tension (en grec, tonos, teinein, « tendre », donner le ton) disparaît, parachevant la grande dislocation voix/parole dont la séparation du Conservatoire de musique et de déclamation en deux entités distinctes – théâtre/musique – constitue en France l'ultime étape institutionnelle. Dès lors, la voix entendue essentiellement dans son expression instrumentale et chantée, rejoint définitivement le Conservatoire de musique et pâtit du discrédit qui enveloppe les codes de l'ancienne déclamation et de diction. Absente de la parole qu'au mieux elle parasite, elle resurgit symptomatiquement sur les scènes sous la forme inarticulée du cri. La diction n'est alors plus enseignée au Conservatoire. Corrélativement, l'étude du signifiant de la chaîne parlée (sa matière : phonétique, prosodique, rythmique…) est peu à peu délaissée au bénéfice du signifié et de son interprétation.

En 1992, Bozonnet, acteur, nommé directeur au Conservatoire d'art dramatique, restaure le champ de l'actio dans les disciplines enseignées au comédien : il crée les départements Corps et Espace, et Musique et Voix, tandis que le cours de diction poétique est confié au dramaturge François Regnault. Claude Stratz, successeur de Bozonnet, réunit le cours de diction au département Musique et Voix. Jouvet « prophétise » : ils jouent ce qu'ils ne disent pas. Au cours du travail de diction, la détermination silencieuse des accents, des traits prosodiques du texte, son mouvement propre, interrogent le comédien : entendus dans le médium de sa voix qui est déjà adresse à l'autre, ils le préparent à l'acte de dire.

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Bibliographie sélective

Rédacteur(s)
Édition Bordas 2008

Classement

Spécialité : Lexique théorique et théoriciens

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Date 1ère mise en ligne
Dernière modification
15/06/2026