Techniques vocales

Le comédien, dit-on communément, doit savoir chanter. Cela est déjà vrai du temps de la splendeur du Conservatoire de musique et de déclamation : la voix de baryton de Mounet-Sully est bien connue ; Jansen reçoit son prix de déclamation comme comédien avant de s'illustrer dans le rôle lyrique de Pélléas de Debussy. Les tragédiens sont encore appelés les « beaux instruments de la tragédie » et l'on se souvient mieux, dit-on alors, du timbre de leur voix que des traits de leur visage. Le metteur en scène Stanislavski évoque dans La Construction du personnage, son exaltant mais difficile apprentissage vocal : s'il touche au bonheur dans l'exercice de la voix chantée, il rencontre de sérieux obstacles dans celui de la voix parlée. La grande fréquence consonantique qui caractérise en effet le registre parlé, oblige le comédien, s'il veut être compris, à soigner les transitions phonétiques que sont les consonnes. Le chanteur dispose, quant à lui, de plus de temps pour ajuster et poser sa voix sur la voyelle (Amy de la Bretèque). Stanislavski finit au terme de son travail par obtenir « cette ligne ininterrompue de sons semblable à celle qu'il avait atteinte dans le chant ».

La forme linéaire du langage dérive en dernière analyse, selon les linguistes, de son caractère vocal : les énoncés vocaux se déroulent dans le temps et sont nécessairement perçus comme une succession. Il appartient dès lors au comédien de veiller à la coïncidence précise de l'attaque verbale avec l'expiration et à la mise en œuvre du soutien régulier du souffle, pendant l'émission de la phrase. La voix s'émet sur des hauteurs : « les voyelles sont séparées les unes des autres par des intervalles musicaux fixes » (M. Grammont). Chaque voix possède sa fréquence fondamentale ; c'est pourquoi le comédien ne trouvera l'aisance de l'émission vocale que lorsque le souffle passera par le médium de sa voix. De cette région acquise au prix d'un travail sur l'équilibre des registres, il pourra passer sans effort du grave à l'aigu, et « accueillir » les différents rôles et leurs couleurs. La tradition française s'y réfère constamment, jusque dans les larmes… « Il faut donc autant que faire se peut, user, dans la douleur, du médium de sa voix. C'est dans ce ton seulement que les larmes sont nobles, touchantes, profondes » (Talma). Molé évoquant Lekain : « […] au moins possédait-il le médium, avantage si difficile à acquérir, si indispensable, que sans le médium de la voix point de vérité, point d'illusion, point de droit à la postérité ». Mounet-Sully évoque « la joie de l'acteur quand il entend la voix de son héros parler par ses propres lèvres ». Dans le médium, le timbre de la voix de l'acteur se noue à sa parole et la scelle dans nos mémoires.

La voix s'émet dans l'espace : l'adresse à l'autre doit pouvoir changer d'intensité, varier dans le débit et dans les inflexions tandis que le comédien marche, court et s'exténue. Travail de dissociation : comme un musicien s'attache à réduire la distance entre ses exercices et la musique.

Bibliographie sélective

Rédacteur(s)
Éditions Bordas, 2008

Classement

Spécialité : Technique et créateurs techniques

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Date 1ère mise en ligne
Dernière modification
16/06/2026