Congo
(le théâtre au)

Les origines du théâtre congolais sont à rechercher, comme partout en Afrique noire, dans les formes dramatiques plus ou moins rituelles qui ont préludé à l'introduction, sous l'effet de la colonisation, du théâtre occidental caractérisé par le décor, la mise en scène et la séparation des espaces réservés respectivement aux acteurs et aux spectateurs.

C'est sans doute à travers le mbongi, mot qui désigne à la fois la place publique dans chaque village congolais et la prestation du spécialiste de chantefables qui s'y produit, que s'expriment les premières manifestations de la dramaturgie congolaise, lesquelles, sous l'influence des missions catholiques et protestantes opérant en milieu scolaire, vont bientôt déboucher sur des formes plus modernes. Au début des années soixante, au lendemain de l'indépendance, on assiste en effet à la création de l'Association du théâtre congolais (ASTHECO), fondée en 1963 à Bacongo sur l'initiative de Segolo Dia Mahunngu et Pascal Mayenga, association qui sera le point de départ du futur Théâtre national congolais (TNC). Puis, en 1969, au lendemain du festival d'Alger est fondé le Centre de formation et de recherche d'art dramatique (CFRAD). Ces initiatives sont bientôt suivies par une floraison de troupes d'animation issues du cadre scolaire et exprimant un volontarisme militant qui n'exclut pas toujours la rhétorique bavarde ni les pesanteurs de la mise en scène. Devant le risque de sclérose que comportait ce théâtre de patronage, une réaction salutaire va heureusement se produire au début des années quatre-vingt, marquées d'un double événement, la création, autour de Nicolas Bissi et de Sony Labou Tansi du Rocado-Zulu-Théâtre, et celle de la Troupe artistique Ngunga qu'anime Emmanuel Dongala. Le CFRAD, dirigé par Lucien Biahouila, devient le centre géométrique de cette nouvelle effervescence théâtrale et c'est là qu'est créé avec bonheur, en mars 1980, le premier spectacle du Rocado-Zulu-Théâtre, Sur la tombe de ma mère, de Nicolas Bissi. La troupe, qui pratique volontiers la création collective, s'est ensuite attaquée à la Tragédie du roi Christophe, de Césaire, et depuis quelques années elle connaît aussi bien outre-Atlantique qu'en Europe un succès grandissant. Sony Labou Tansi, son directeur, a ainsi travaillé en liaison avec plusieurs metteurs en scène français, Pierre Vial, Michel Rostain, Robert Angebaud, Mesguich, et il a créé une série de spectacles tant au festival international des Francophonies de Limoges (la Rue des mouches, 1985 ; Moi, veuve de l'empire, 1987) qu'au Théâtre du Rond-Point (Antoine m'a vendu son destin, 1986) et au Théâtre Gérard Philipe de Saint-Denis.

Malgré la réputation internationale dont il jouit, Sony Labou Tansi n'en reste pas moins toujours très proche des origines populaires du théâtre qu'il invente jour après jour, comme en témoigne sa participation à des matanga, ces veillées funèbres célébrées en milieu paysan en l'honneur des disparus.

Quant au Théâtre Ngunga, il a monté successivement La vie diminue ici et s'allonge là de Kambi Bitchène, une adaptation à la scène du roman de Sembene Ousmane, les Bouts de bois de Dieu, et Qu'est devenu Ignoumba, le chasseur de Bemba.

L'essor du théâtre congolais s'explique également par la politique d'aide à la création que le Centre culturel français s'est attaché à développer depuis plusieurs années, en mettant à la fois ses locaux à la disposition des troupes, et en suscitant différentes formes de partenariat avec des entreprises privées nationales et internationales.

En dépit des vicissitudes politiques qu'a connues le Congo depuis son indépendance, le théâtre demeure donc l'un des atouts culturels majeurs de ce petit pays, sans doute parce qu'il paraît le mieux à même de véhiculer et de mettre en scène l'imaginaire spécifique, fait de mythes et de croyances encore très vivants, que tout Congolais porte en lui.

Rédacteur(s)
Édition Bordas 2008

Classement

Spécialité : Afrique, outre-mer et diaspora

Zone(s) géographique(s) :
  • Congo-Brazzaville
  • Congo-Kinshasa
Période(s) :
  • 20ème siècle
Ajouter à Mon Dictionnaire
Imprimer Partager
Date 1ère mise en ligne
Dernière modification
18/06/2026