Colombie
(Le théâtre en)
Depuis que ce pays est devenu indépendant de l'Espagne en 1819, il a connu une histoire très mouvementée. La création de la Grande Colombie cette même année, qui englobait le Vénézuéla, l'Équateur et Panamá, a pris fin en 1830. Par la suite, la longue lutte entre fédéraux et unitaires pour la suprématie politique s'est prolongée jusqu'au XXe siècle.
Cette instabilité institutionnelle n'a pas favorisé l'activité artistique. Le théâtre colombien ne se constitue vraiment qu'au XXe siècle et ce n'est que dans les années 1950 qu'il prend un grand essor dans des villes comme Cali, Bogotá et Medellín. On y assiste à une véritable éclosion de troupes universitaires et indépendantes, qui se mettent à jouer un répertoire européen et nord-américain contemporain, mais aussi, peu à peu, colombien. En même temps, il se produit une assimilation progressive des nouveaux postulats et modèles scéniques qui touchent à la dramaturgie (Brecht et le théâtre épique, Weiss et le théâtre-document, Artaud et le théâtre de la cruauté) et les conditions de production (Grotowski et le théâtre pauvre, la création collective, entre autres). La prédilection pour cette dernière approche – au service d'un théâtre très ancré dans les problèmes de la société colombienne – marque surtout les années 1960 et 1970 et laisse son empreinte sur beaucoup de troupes latino-américaines.
La génération née à la fin du XIXe siècle jette les bases d'une dramaturgie nationale, où se distinguent Antonio Álvarez Lleras (1892-1956), qui écrit des drames psychologiques et sociaux, et, surtout, Luis Enrique Osorio (1895-1966), auteur, metteur en scène et directeur de sa propre compagnie. Il vit quelques années à Paris où, influencé par le théâtre du silence de Jean-Jacques Bernard et par Denis Amiel, il représente Créateurs (1926) et Madette (1927), dans lesquelles la suggestion et la psychologie des personnages ont une grande importance. Ses pièces sont cependant en majorité des comédies de mœurs ou des mélodrames. La rénovation théâtrale commence avec la formation de groupes animés respectivement par Buenaventura et Santiago García, qui crée à Bogotá El Búho (1958-1961) et qui, ultérieurement, prend en charge le Teatro de la universidad nacional. Sa mise en scène de Galileo Galilei (1965) de Brecht provoque une rupture avec les autorités universitaires. García et Carlos J. Reyesse retirent et fondent la maison de la culture de Bogotá (1966), qui deviendra par la suite le Teatro de la Candelaria. Apparaissent également d'autres groupes importants : le Teatro popular de Bogotá (1967), La Mamma de Bogotá (1968) et un bon nombre de troupes universitaires. La prédilection pour la création collective n'a pourtant pas évincé la dramaturgie individuelle. À la génération de Buenaventura appartiennent aussi Gustavo Andrade Rivera (1921-1974), qui s'est distingué avec Remington 22 (1961) et le romancier Manuel Zapata Olivella (né en 1920), auteur de Los Pasos del Indio (Les Pas de l'Indien, 1958), ainsi que des auteurs plus jeunes : Gilberto Martínez (né en 1934), Carlos J. Reyes (né en 1941) et Jairo Aníbal Niño(né en 1941). Reyes devient célèbre grâce à Soldats (Soldados, 1967), une des pièces les plus représentées en Colombie, inspirée par le massacre des ouvriers de la bananeraie Santa Marta (1928), alors que Niño se fait connaître avec El Monte calvo (Le Mont chauve, 1966), qui dramatise la participation d'un bataillon colombien à la guerre de Corée. Martínez obtient le prix du Concours national de dramaturgie « Municipio de Medellín » avec El grito de los ahorcados (Le Cri des pendus, 1965).
C'est encore l'histoire colombienne qui est la source principale des pièces de création collective les plus représentatives. Quelques exemples : Las Bananeras (Les Bananières, 1970) du Teatro Acción et La Denuncia (La Mise en accusation) du Teatro experimental de Cali (TEC) sont inspirées – tout comme Soldados – par la grève de 1928 ; El Abejón mono (Le Bourdon singeur, 1971) de La Mamma et Guadalupe años sin cuenta (Guadeloupe années cinquante, 1976) du Teatro de la Candelaria sont, à leur tour nourries par le mouvement des guérillas (1948-1958) ; Nosotros los comunes (Nous les gens du commun, 1972) de la Candelaria et Los Comuneros (Les Communards) du TEC, traitent de la révolution des communards en 1871 ; I took Panamá (J'ai pris Panamá, 1974) du Teatro Popular de Bogotá, d'après la pièce de Luis Alberto García (né en 1937), dénonce la concession de la zone du canal aux États-Unis. Pour l'élaboration des spectacles de création collective, les techniques les plus diverses ont été utilisées, inspirées par Brecht, Weiss, Artaud, Grotowski, le Living Theatre, le Bread and Puppet, avec une idéologie de gauche.
De la génération de dramaturges née au milieu du XXe siècle se détachent : Esteban Navajas (né en 1948), Henry Díaz (né en 1948), Fernando Peñuela (né en 1948), Manuel Freidel (1957-1990), Víctor Viviescas (né en 1958) et José Assad (né en 1958) : La agonía del difunto (L'Agonie du défunt, Prix Casa de las Américas, 1977), El cumpleaños de Alicia (L'Anniversaire d'Alice, 1984) ; La tras-escena (Les Coulisses, 1984) ; Amantina o la historia de un desamor (Amantina ou l'Histoire d'un amour brisé, 1976) ; Crisanta sola, Soledad Crisanta (1986) ; et Biófilo Panclasta (1982).
En dehors des troupes déjà citées, ont pris la relève Teatro libre de Bogotá (1969), Acto latino (1966), Teatro taller de Colombia (1972), Teatro Matacandelas, La Fanfarria et Teatro Petra, pour citer les plus importantes. Cette dernière a été fondée en 1985 en tant que « collectif » par Fabio Rubiano (né en 1963), auteur, metteur en scène et acteur. Dans les spectacles déjà créés, Rubiano assume la fonction de dramaturge, en adaptant parfois des textes narratifs ou dramatiques, avec la collaboration des comédiens. Le thème de la violence, très présent, est toujours traité de façon métaphorique et non réaliste comme auparavant. La première création, El negro perfecto (Le Noir parfait, 1986) traitait de conflits de la vie urbaine, tandis qu'une des dernières – Mosca, d'après Titus Andronicus de Shakespeare – montrait la violence extrême qui peut émaner des rapports de pouvoir. L'invitation à participer au Festival Iberoamericano de Cádiz en 2003 a confirmé la réputation internationale, à la fois de la troupe et de Rubiano.
L'intense activité théâtrale a également suscité de nombreux festivals : nationaux (depuis 1957), universitaires (1965-1973) et régionaux, auxquels sont venus s'ajouter le Festival internacional de Manizales (première étape de 1968-1973, la deuxième à partir de 1984), qui attire en Colombie l'avant-garde universitaire et professionnelle ; et le Festival Internacional Iberoamericano de Teatro de Bogotá, qui a lieu depuis 1988. Un autre événement important a été la création de la Corporation colombienne du théâtre en 1970, qui est, avec le temps, parvenue à fédérer plusieurs centaines de troupes.
Bibliographie sélective
- Teatro hispanoamericano... , Agustín del Saz, Barcelona : Editorial Vergara, 1964
- Teatro colombiano contemporáneo , antología, Madrid : Fondo de cultura económica, 1992
- Historia del teatro en Colombia , Fernando González Cajiao, Bogotá : Instituto colombiano de cultura, 1986
- El nuevo teatro colombiano , arte y política, María Mercedes Jaramillo, Medellín (Colombia) : Universidad de Antioquia, 1992
Classement
Spécialité : Europe du Sud et Amérique latine
- Colombie
- 19ème siècle
- 20ème siècle
- 21ème siècle