Boulevard du crime

Surnom donné vers 1825 au boulevard du Temple où chaque soir les théâtres populaires montraient dans de sombres mélodrames les nombreux crimes perpétrés contre la vertu. L'attentat de Fieschi (28 juillet 1835) qui faillit tuer Louis-Philippe face au Café turc sembla confirmer cette appellation.

Vers le milieu du XVIIIe siècle, les remparts établis par Louis XIV, aménagés en terrasse et plantés d'arbres, sont devenus une promenade à la mode. Petits spectacles et parades y divertissent une joyeuse société. Nicolet en 1759, Audinot en 1769 y ont installé leurs baraques de saltimbanques et de bamboches qui attirent déjà une foule de badauds alors que se crée un nouveau pôle d'attraction avec la construction du nouvel Opéra (1781) qui allait devenir le théâtre de la Porte-Saint-Martin. Se tiennent aussi dans ces lieux des établissements nommés vauxhalls où sont donnés des fêtes champêtres, des bals, des concerts, des assauts d'armes, des feux d'artifice. Sous la Révolution, après l'édit libérateur de 1791, théâtres et baraques foraines s'y multiplient, de même que cafés et restaurants. C'est ainsi que, sous le Directoire et le Consulat, le boulevard prend peu à peu l'aspect mi-citadin mi-campagnard qu'il gardera jusqu'au second Empire.

Quotidiennement, dès midi, dans une atmosphère de fête, ouvriers, bourgeois et aristocrates s'y croisent pêle-mêle au milieu des cris des bouquetières, des marchands d'oranges et de coco, du boniment des paradistes. Le soir, dans les glapissements des aboyeurs, s'allongent les files à la porte des théâtres. Pittoresque désordre qu'essaient de contrôler les sergents de ville. Moins animée peut-être après le décret de 1807 qui limitait le nombre des théâtres, cette vie reprend éclat dès la Restauration et connaît une de ses époques les plus brillantes entre 1830 et 1848. Les derniers terrains vagues disparaissent, de nouveaux théâtres font leur apparition avec un nouvel esprit que Marcel Carné a parfaitement restitué dans les Enfants du paradis. Cette animation continuera sous le second Empire où la société des snobs, des viveurs, des chroniqueurs, les gens de théâtre et les autres, tout un monde interlope à l'image du Paris d'alors s'y retrouvera dans les spectacles et les cafés. C'est un dernier feu d'artifice avant les destructions de 1862 décidées par Haussmann qui ouvre une saignée vers la place de la République pour faciliter l'accès à Vincennes, mais aussi par crainte de ce vivier de l'esprit et de l'imaginaire populaires aux lisières duquel grondait toujours l'insurrection.

Ainsi disparaît cet espace de rencontre des classes, où l'esprit populaire, en découvrant son identité avec le sens de la fête et de la liberté, avait, malgré les tracasseries de l'institution culturelle, donné la pleine mesure de sa vitalité, en créant de nouveaux genres et en mêlant étroitement le spectacle à la vie sociale.

Bibliographie sélective

Rédacteur(s)
Édition Bordas 2008

Classement

Spécialité : Institutions et lieux

Zone(s) géographique(s) :
  • France
Période(s) :
  • 17ème siècle
  • 18ème siècle
  • 19ème siècle
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Date 1ère mise en ligne
Dernière modification
15/06/2026