BENAVENTE Y MARTÍNEZ Jacinto

Madrid 1866 - 1954

Auteur dramatique espagnol.

Son théâtre inaugure un renouveau, éclipsant le mélodrame d'intrigue à la façon d'Echegaray.

Au début de sa carrière il pratique une critique sociale acérée de la bourgeoisie, à laquelle il devra assez vite renoncer. El Nido ajeno (le Nid d'autrui, 1894), sur la tyrannie de la famille, suscite l'indignation du public. L'immoralité et le cynisme des personnages de Gente conocida (Des gens connus, 1896) oriente son inspiration vers les problèmes de société et de morale individuelle. La pièce, d'une fine pénétration psychologique, eut un succès éclatant. L'horizon social s'élargit, embrassant l'Europe et toute l'échelle des classes, dans La Noche del sábado (la Nuit du sabbat, 1903). Rosas de otoño (Roses d'automne, 1905) prend pour cible l'hypocrisie de la haute bourgeoisie. Benavente excelle dans ce genre de la « comédie de salon ». Dans Los intereses creados (Les affaires sont les affaires, 1907), considéré comme son chef-d'œuvre, il mêle habilement des éléments conventionnels et des emprunts à la commedia dell'arte. Dans ses drames ruraux, puissants et réalistes, Benavente anticipe les tragédies paysannes de García Lorca: Señora ama (Notre maîtresse, 1908) et surtout La Malquerida (la Mal-aimée, 1913). Ce dramaturge abondant, voire prolixe, ne dédaigne pas le public d'enfants pour qui il écrivit notamment une très belle pièce, El príncipe que todo lo aprendió en los libros (Le prince qui apprit tout dans les livres, 1913).

Élu à l'Académie en 1912, il se consacre aussi au journalisme. Germanophile pendant la guerre de 1914-1918, son idéologie devient de plus en plus conservatrice. Les critiques, ou l'animosité qu'il suscite chez beaucoup d'intellectuels, ne sont pas atténuées par le prix Nobel qu'il reçoit en 1922. Son œuvre dramatique se poursuit, abondante et variée, au point d'atteindre cent soixante-douze titres : Lecciones de un buen amor (Leçons d'un bel amour, 1924), La Culpa es tuya (C'est de ta faute, 1942), La Infanzona (la Noble Dame, 1943), Al amor hay que mandarlo al colegio (Il faut envoyer l'amour au collège, 1950). Malgré un excès de sentimentalisme ou de préjugés idéologiques, Benavente a su capter, avec un sens aigu de la scène et des situations dramatiques, les réalités de la vie quotidienne avec leur clair-obscur de passions refoulées. Aujourd'hui démodé, ce théâtre sans grandiloquence, aux dialogues très naturels, à la philosophie souvent désabusée, marque une rupture définitive avec le drame post-romantique et annonce l'éclatant renouveau du théâtre espagnol autour des années vingt, avec García Lorca ou Valle-Inclán .

Rédacteur(s)
Édition Bordas 2008

Classement

Spécialité : Europe du Sud et Amérique latine

Zone(s) géographique(s) :
  • Espagne
Période(s) :
  • 19ème siècle
  • 20ème siècle
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Date 1ère mise en ligne
Dernière modification
15/06/2026