SCHEHADÉ Georges
Poète et auteur dramatique libanais d'expression française.
Schehadé est l'auteur de deux pièces (Monsieur Bob'le, m. en sc. Vitaly 1951 et Benoît, Vieux-Colombier, 1994, et La Soirée des proverbes, m. en sc. Barrault, 1954) venues d'ailleurs : d'un ailleurs qu'on pourrait croire surréaliste (Breton aimait beaucoup ces deux œuvres) ou oriental, étant donné l'origine de l'auteur, mais qui ressortissent bien plutôt à l'Internationale poétique. Telle que, malheureusement, elle s'est peu manifestée au théâtre : poésie, non pas tant à cause de la joliesse des mots ou de la rareté des images, mais parce que les personnages n'ont rien qui pèse ni qui pose : ils n'appartiennent pas tout à fait à la terre, ne connaissent rien de ses tensions et de ses aigreurs ; et pourtant ils existent, par eux-mêmes et dans leurs rapports, souvent cruels, avec les autres hommes. Ils maintiennent un équilibre rare entre ce que leurs emplois de théâtre font attendre d'eux et ce que la légèreté de touche de Schehadé leur laisse d'inaccompli, donc de liberté ; car Schehadé invente, avec Monsieur Bob'le, le sage qui ne fait pas la morale, avec le chasseur Alexis, l'écolière Follète, le président Domino, Argengeorge, respectivement : le tueur qui tue sans haine ni violence, l'adolescente fleur bleue mais sans fadeur, le grammairien fantoche mais sans caricature, le héros voué à la mort, mais en toute discrétion et s'excusant presque d'être au centre de la situation. Leur présence vaut absence et pourtant Schehadé a quelque chose à dire : que la cruauté du destin emprunte les formes les plus inattendues et qu'il est donné au seul poète de garder la mémoire d'un moment merveilleux comme il n'en existe que par les mots. Car le langage de Schehadé, à mi-chemin de l'obscur et du familier, est le principal artisan de cette suspension hors du temps et de l'espace à laquelle Schehadé doit d'avoir écrit une sorte de Songe d'une nuit d'été qui commence en printemps et s'achève sous les flocons d'un hiver mystérieux.
Avec ses quatre autres pièces, Histoire de Vasco (Zurich, m. en sc. Barrault, 1956), Le Voyage, m. en sc. Barrault, 1961), Les Violettes (Bochum, 1960, puis Théâtre de Bourgogne, m. en sc. Roland Monod, 1966), L'Émigré de Brisbane (Munich, 1965, puis Comédie-Française, 1967), Schehadé n'a retrouvé sa voix que de loin en loin : il l'a un peu forcée en voulant lui faire dire soit le pacifisme, soit la volonté de rêverie, soit l'inquiétude devant la menace atomique, soit la haine secrète qui entoure tout ce qui est étranger et étrange. Peut-être alors les fables qu'invente Schehadé ont-elles perdu de leur fantastique au profit de la simple fantaisie ; peut-être l'humeur poétique de Schehadé se cristallise-t-elle en humour. Néanmoins cette œuvre rare et trop peu jouée reste le témoignage d'une époque où les mots pouvaient être dégustés pour eux-mêmes et produire une irisation poétique qui a besoin de la scène pour prendre toutes ses couleurs.
Classement
Spécialité : Deuxième moitié du 20ème siècle
- France
- Liban
- 20ème siècle