PEDUZZI Richard
Scénographe français.
Même s'il a commencé par la peinture, évoquer Peduzzi, c'est d'abord parler d'une rencontre, celle du décorateur avec Chéreau en 1967. Depuis 1969, en effet, il réalise les décors de ce dernier pour le théâtre et l'opéra, les plus récents étant ceux de Phèdre et de La Maison des morts de Janacek. Sa production s'est diversifiée cependant par une collaboration avec d'autres metteurs en scène au théâtre ou au cinéma, mais aussi par la muséographie (exposition Titien, Grand Palais, 1993), ou la création de mobilier contemporain.
Sans doute est-ce par l'art du contrepoint qu'on peut le plus exactement rendre compte de cette collaboration depuis Dom Juan (1969). Le décor traditionnel illustrait un propos. La scénographie, elle, tient un discours qui lui est propre et qui se « tisse » avec celui de la mise en scène. Quels sont les éléments du style de Peduzzi ? La présence insistante de l'architecture d'abord : grands édifices aveugles évoquant des gratte-ciel morts de Massacre à Paris de Marlowe (1972), colonnes immenses et sombres du Crépuscule des dieux de Wagner (Bayreuth, 1976) ou de Peer Gynt d'Ibsen (1981). Mais l'architecture ne figure qu'à l'état embryonnaire, à l'état de signe car les éléments architecturaux « signifient », pas seulement un lieu ou une époque, mais une structure dramatique, un personnage, la présence de l'histoire dans Hamlet (1988), la dimension du merveilleux dans Le Conte d'hiver de Shakespeare (m. en sc. Bondy, 1988). Elle est présente comme une énigme, aussi : forêt d'éléments de façade incomplets, très hauts et étroits dans La Dispute de Marivaux (1973), grand mur nu s'évadant en spirale (on l'imagine) vers les lointains et qui oriente l'accès des acteurs par une rampe pour La Fausse Suivante (1985). L'ombre et la lumière y jouent un jeu privilégié. Ce qui s'y dessine le plus souvent, c'est un labyrinthe. Labyrinthes, la demeure de Léontes – le roi du Conte d'hiver –, les voies qui se creusent dans le sol d'Hamlet. Métaphore des personnages aux prises avec un dédale dont il leur faut trouver la solution. Métaphore de la vie. N'est-ce pas aussi ce qui éclaire, par contrecoup, la fascination du décorateur pour la perspective renaissante ; la perspective, c'est l'infini, mais dans des voies tracées, par le dessin mises au jour : momentanément trouvée, une échappatoire au labyrinthe.
On comprend alors la tentation ressentie, pour une certaine invisibilité du décor, que ce soit dans Lucio Silla, avec son grand mur droit (machiné il est vrai), ou dans Hamlet, simple sol fortement incliné, marqueterie qui dessine une façade Renaissance. Le décor imprègne la vie des personnages et celle de l'œuvre.
Avec le décor d'Hamlet, Peduzzi a le sentiment d'avoir inventé une forme fondamentalement nouvelle ouverte aussi bien aux exigences de la fonctionnalité qu'à celles du symbolique, jouant ainsi sur deux registres d'émotion, la plupart du temps distincts : l'émotion dramatique et l'émotion liée à la surprise magique du théâtre. Ainsi l'espace raconte, tout autant que les mots ; et c'est ce qui fait que le scénographe peut intervenir ailleurs qu'au théâtre, partout où il y a matière à représentation. Ses dernières créations touchent d'ailleurs aussi bien le cinéma et l'architecture intérieure (théâtre du Capitole, Toulouse, 1991), que l'opéra (Don Giovanni, Salzbourg, 1994) ou le théâtre (Jouer avec le feu de Strindberg, m. en sc. Bondy, Lausanne, 1996).
Classement
Spécialité : 21ème siècle
- France
- 20ème siècle
- 21ème siècle