NOUVEL Jean
Architecte français.
Nouvel illustre le regain, dans les années 1980, de la mise en relation entre démarche architecturale et théâtralité. Son apport tient autant à son attitude qu'à ses projets ou à ses réalisations. Cela se traduit par une collaboration suivie avec J. Le Marquet. Ce dernier, directeur de la scénographie au TNP pendant vingt et un ans avec Vilar et Georges Wilson, rappelle que « le théâtre n'est pas le seul champ du jeu et de la fiction ». Définissant la scénographie comme dramaturgie de l'espace, travaillant l'architecture comme un récit – par ce qu'elle peut raconter –, Nouvel joue dans tous ces projets sur une notion éminemment dramatique : celle de situation, conjonction d'une présence, d'une circonstance, d'un lieu. L'Institut du monde arabe à Paris (1981-1987) en est une application. Dans cette volonté de placer l'architecture en jeu – jeu du réel et du fictif, de l'actuel et du virtuel –, de « puiser ses sources dans toute une civilisation », avec ses modes d'expression artistique, littéraire, cinématographique, Nouvel renoue plus sûrement avec la tradition des architectes-scénographes de la Renaissance ou du siècle des Lumières que d'autres qui sollicitent de façon réductrice la tradition architecturale.
Ses projets et ses réalisations sont radicaux, assumant la logique d'une situation affirmée. Parmi les projets présentés lors de concours, la salle de « rock » de Bagnolet (1983), imaginée comme un vaisseau tombé du ciel, l'Opéra de Tokyo (1986), compacte coque noire, aveugle, à la surface polie, dont la courbe tendue évoque un piano, expriment ce désir de faire image. Les réalisations ne démentent pas cette orientation, doublée d'un goût prononcé – brillant, parfois clinquant – pour les nouvelles technologies et l'art contemporain : ainsi, la rénovation du théâtre de Belfort (1980-1984), la construction du centre culturel de Combs-la-Ville (1981-1984). L'œuvre la plus controversée – cosignée avec Emmanuel Blammont– est la rénovation de l'Opéra de Lyon (concours remporté en 1986, fin des travaux en 1993). Se voulant comme « un coup de théâtre dans le ciel de Lyon », le projet ne conserve du bâtiment de Chenavard (1831) que les façades et les parties classées (plafond de la salle, rideau d'avant-scène) déposées et déplacées, doublant la surface utile (de 7 900 m2 à 14 600 m2), offrant pour la nouvelle grande salle 1 250 places avec confort visuel et acoustique. Le couronnement du bâtiment par une voûte en verrière se veut un hommage à l'architecte lyonnais Philibert Delorme, affirmant la présence urbaine de l'opéra. Il a depuis continué à construire pour le spectacle (Palais de la culture et des congrès de Lucerne, Suisse, 1999 ; Théâtre Guthrie, Minneapolis, États-Unis, 2006 ; Salle symphonique, Copenhague, 2007). En 2001, il crée pour le chorégraphe Frédéric Flamand la scénographie de Body/Work et Body/Work/Leisure.