LAUNAY Michel
Scénographe, décorateur et sculpteur français
Launay a dirigé la section scénographie et régie de l'École nationale de Strasbourg de 1972 à 1974, et il associe à son activité purement théâtrale (la principale) la conception scénique d'événements spectaculaires de différents ordres. De formation technique et scientifique, d'une part, artistique, d'autre part (dessin et art dramatique), il rencontre véritablement le théâtre entre 1962 et 1964 à l'université du Théâtre des Nations ; c'est un moment essentiel pour lui d'autant qu'il y noue son premier contact avec Victor Garcia, avec lequel il travaillera jusqu'à la mort de ce dernier.
Ce sont alors des spectacles qui ont presque tous marqué. Le Cimetière des voitures (d'Arrabal), créé dans le hall d'exposition de la foire de Dijon (1966), a été le plus mémorable de tous avec son train de carcasses de voitures suspendues dans les airs et les sièges tournants sur lesquels était installé le public. Avec Launay, l'espace est toujours mobile. Les machines qu'il crée animent l'espace entier de la scène. Ainsi pour Calderón (Chaillot, 1981, à partir d'un montage de textes de cet auteur), il imagine une machine de fer et de plastique transparente, mue par des ressorts puissants qui donnent à l'ensemble sa légèreté ; comme dans le monde de Calderón (qui écrivait aussi des « pièces à machines »), c'est dans un espace qui se dilate, donnant une sorte d'image de l'infini, que les personnages se meuvent ou sont mus par la machine. Et dans un rapport vivant avec la machine, les corps se chargent d'une valeur fantasmatique inattendue. Mouvement et surprise : l'un ne va pas sans l'autre. Comme pour la double roue énigmatique de Pourquoi Bénerdji s'est-il suicidé ? de Nâzim Hikmet (m. en sc. Ulusoy, 1980). Métaphore de la révolution (au double sens du mot) ou du destin individuel. Ce qui importe surtout, c'est qu'elle joue elle-même avec l'acteur, qu'elle offre d'elle-même des surprises. Cette souplesse de l'espace, le scénographe la recherche d'abord parce qu'elle constitue le meilleur moyen de s'introduire dans une dramaturgie car, « la scénographie et la dramaturgie c'est la même chose ». Mais on devine aussi chez Launay un profond respect pour la précarité et le mouvement vital, une attitude qui oriente tout son travail quand, en 1974, à la demande de Brook , il s'occupe du réaménagement des Bouffes-du-Nord.
À partir de 1991, il collabora avec Tordjman à Nancy : La Nuit des rois, 1991 ; Adam et Ève de Boulgakov, 1993 ; Quoi de neuf sur la guerre de Bober, 1995.
Classement
Spécialité : Technique et créateurs techniques
- France
- 20ème siècle
- 21ème siècle