Yiddisch aux états-unis
(Le théâtre)
Avec l'afflux d'immigrants juifs aux États-Unis, à New York en particulier, à partir de la fin du XIXe siècle, se crée un théâtre communautaire en langue yiddish qui attire les foules du Lower East Side, avides de culture malgré la pauvreté. Citons Rachel Ertel : « Tenant à la fois de la commedia dell'arte, du mélodrame, du cabaret de chansonniers, de l'université populaire, de l'estrade du prédicateur, chaque représentation du théâtre yiddish était un happening au sens réel du terme. » Dès 1882 a lieu à New York la représentation d'une opérette en cinq actes et neuf tableaux d'Abraham Goldfaden, un Roumain, avec des musiciens locaux et le chœur d'une synagogue voisine. En 1884, l'opéra juif de Russie fait une tournée à New York. Joseph Leitener, auteur dramatique de la troupe, reste en Amérique. Il crée une compagnie à l'Oriental Theater, adaptant sans relâche, en yiddish, des auteurs russes ou allemands. Son rival, M. Horowitz, au Romanian Opera House, multiplie les « opéras historiques », qui n'ont pas grand-chose d'historique, mais qui sont truffés d'allusions à la vie dans le Lower East Side, avec interventions du public. Plus « éducateur du peuple », Jacob Gordin s'inspire de thèmes juifs traditionnels, ou transcrit les grands classiques, ce qui donne, à côté de Sibérie ou le Pogrom, le Roi Lear juif ou Mirele Efros (la Reine Lear juive). Les acteurs sont les idoles du public : Kenni Liptzine, Sarah Adler. Fleurissait également le mélodrame populaire, avec Isaac Zolatorevskiet des titres comme Esclaves blanches, ou Amour et Honte. Certains ont l'ambition de créer dans le Lower East Side l'équivalent yiddish du Théâtre d'art de Moscou. C'est ainsi que Maurice Schwartz (1889-1960) ouvre en 1918, au Irving Place Theatre, une salle dite Jewish Art Theatre qui, de 1918 à 1950, montera cent cinquante spectacles. On y joue des pièces de Sholem Asch (1880-1957), de David Pinsk i(1872-1959). L'une d'elles sera reprise par le Guild Theatre sous le titre The Treasure (le Trésor ), de Peretz Hirschbein (1881-1949), qui avait créé à Odessa le premier théâtre d'art yiddish. Une partie de la troupe de Vilno, qui avait été créée par David Hermann, vient rejoindre Maurice Schwartz. En 1926, le Habima de Moscou vient en tournée. Le rayonnement du théâtre yiddish – malgré le mépris affiché par les intellectuels à son égard – dépasse largement le Lower East Side, et l'on peut dire que le Dibbouk, de Salomon An-Ski (1863-1920), ou le Golem , de Halper Levick (1888-1962), font partie du patrimoine culturel américain au même titre que Jesse James ou Buffalo Bill.
Classement
Spécialité : Amérique du Nord et Iles Britanniques
- États-Unis
- 19ème siècle
- 20ème siècle