Uruguay
(Le théâtre en)

L'histoire du théâtre uruguayen est étroitement liée à celle du théâtre argentin, au point que l'on parle d'un théâtre du Río de la Plata qui les engloberait. Pourtant, sans avoir la « taille » de l'Argentine, la société uruguayenne a forgé proportionnellement un théâtre également riche.

Dans le premier théâtre de Montevideo, Sala de Comedias, inauguré en 1793, sont représentés les principaux auteurs d'esprit républicain : Juan Francisco Martínez (prêtre), Bartolomé Hidalgo, Manuel Araúcho, Fernando Quijano, et Francisco de Acha. Après l'indépendance arrachée à l'Espagne (1816) une nouvelle salle est bâtie : le Teatro Solís, où se produisent surtout les compagnies espagnoles, françaises et italiennes en tournée en Amérique. Ce n'est qu'à la fin du XIXe siècle que les circonstances permettent la naissance d'un théâtre national. Juan Moreira (1886), version parlée d'un feuilleton d'Eduardo Gutièrrez, marque le véritable début d'une dramaturgie du Río de la Plata, servant de modèle à d'autres dramaturges : Elías Regules(1861-1929), Orosmán Moratorio (1852-1898), Abdón Arosteguey (1853-1926). Mais la figure dominante depuis le début du XXe siècle est Sánchez, dont le théâtre a un rayonnement continental. Appartiennent à cette même génération naturaliste : Ernesto Herrera (1886-1917) – dont la pièce principale, El león ciego (Le Lion aveugle, 1911), dénonce le sectarisme politique –, Víctor Pérez Petit (1871-1947), Vicente Martínez Cuitiño (1887-1964) et José Pedro Bellán (1889-1932). Ces trois derniers passent d'une esthétique naturaliste à une esthétique pirandellienne. Parallèlement à ce mouvement, l'activité scénique se renforce avec la fondation du Teatro del Pueblo (1937) et de la Compañía nacional de comedias (1937). Une décennie plus tard seulement (1947), la mairie de Montevideo fonde et subventionne la Comedia nacional et la Escuela de arte dramático, dirigée par la comédienne espagnole Xirgu. Cette même année les groupes indépendants s'organisent en une fédération de quinze compagnies – parmi elles, le Teatro del Pueblo (1937), Teatro Universitario (1942) et El Tinglado (1947) – qui sera enrichie après par la fondation de nouveaux groupes : El Galpón (1949), Club de Teatro (1949), Teatro Libre (1953), La Máscara (1953), Teatro Circular (1954), Teatro Moderno (1954), Taller de Teatro (1955), La Farsa (1959) et beaucoup d'autres.

Ce renforcement de l'activité scénique – concentrée surtout à Montevideo – stimule l'apparition de nouveaux auteurs. De plus, des relations difficiles avec l'Argentine gouvernée par Perón (1946-1955) rendent moins fréquentes la présence des compagnies de ce pays. En contrepartie le théâtre vernaculaire se développe. C'est alors que se manifeste une nouvelle génération d'auteurs, disposée à consolider la dramaturgie nationale dans sa thématique, assimilant aussi les nouvelles tendances scéniques du XXe siècle, surtout européennes. Voici les plus importants, accompagnés de leurs pièces emblématiques : Andrés Castillo (né en 1920, La bahía, La Bahie, 1960) ; Carlos Maggi (né en 1922, El patio de la torcaza, La Cour du ramier, 1967) ; Antonio Larreta (né en 1922, Juan Palmieri, 1973) ; Juan Carlos Legido (né en 1923, La Piel de los otros, La Peau des autres , 1958) ; Milton Schinca (né en 1926, Delmira, 1973) ; Jacobo Langsner (né en 1927, Esperando la carroza, En attendant le carrosse, 1962) ; Hiber Conteris (né en 1933, El asesinato de Malcolm X, L'Assassinat de Malcolm X, 1969) ; Mauricio Rosencof (né en 1933, Los caballos, Les Chevaux, 1967) ; Víctor Manuel Leites (né en 1933, Doña Ramona, 1982). Plus jeunes que les précédents sont : Eduardo Sarlós (né en 1938, La pecera, L'Aquarium, 1987) ; Alberto Paredes (né en 1939, Decir adiós, Dire adieu, 1979) ; Carlos Manuel Varela (né en 1940, Los cuentos del final, Les Contes de la fin, 1981) ; Alberto Restuccia (né en 1943, Salsipuedes, 1985) ; Ricardo Prieto (né en 1943, El huésped vacío, Les Sauveurs , 1977). Ce dernier a reçu le prix Tirso de Molina avec El desayuno durante la noche (Le Petit déjeuner durant la nuit, 1987).

Plusieurs metteurs en scène de qualité ont contribué à l'évolution du mouvement scénique : Atahualpa del Cioppo (1904-1993), Rubén Yáñez, César Campodónico et Jorge Curi (Galpón de Montevideo) ; Federico Wolff (Teatro del Pueblo Teatro Universitario) ; Antonio Larreta (Club de Teatro Teatro de la ciudad de Montevideo) ; Carlos Aguilera (Grupo 68) ; Eduardo Schinca (Comedia Nacional) ; Rubén Castillo (Teatro Libre) ; Júver Salcedo (La Gaviota) ; Omar Grasso (Argentin).

La dictature militaire (1973-1984) a gravement nui au mouvement théâtral, forçant des auteurs, des metteurs en scène et des compagnies entières comme El Galpón à s'exiler. Cependant l'Uruguay a retrouvé depuis la fin de cette période noire sa vitalité théâtrale. De nouveaux dramaturges se sont révélés, tels que Ana María Magnabosco (née en 1952) avec Viejo smoking (1988) ; Álvaro Ahunchaín (né en 1962) avec Cómo vestir a un adolescente (Comment habiller un adolescent, 1985) ; Luis Vidal (né en 1955) avec Los girasoles de Van Gogh (Les Tournesols de Van Gogh, 1989) ; Roberto Suárez (né en 1970) avec Las fuentes del abismo (Les Sources de l'abîme, 1992). D'autres indices de dynamisme sont les festivals nationaux et la Muestra internacional de teatro de Montevideo (biennale), qui a lieu depuis 1984, organisée par l'Association des critiques uruguayens.

Bibliographie sélective

Rédacteur(s)
Édition Bordas, 2008

Classement

Spécialité : Europe du Sud et Amérique latine

Zone(s) géographique(s) :
  • Uruguay
Période(s) :
  • 18ème siècle
  • 19ème siècle
  • 20ème siècle
  • 21ème siècle
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Date 1ère mise en ligne
Dernière modification
16/06/2026