Translation
(Machinerie de)
Dans son sens usuel, la translation désigne le déplacement parallèle de tout corps, quelle que soit la direction de ce déplacement. Dans un sens théâtral, on conviendra que la translation concerne seulement la machinerie de déplacement horizontal par glissement ou roulement et traction d'éléments de décors, d'acteurs éventuellement, parallèlement au plateau, de cour à jardin et vice versa, du lointain à la face et réciproquement.
Elle sert aux effets de traversée, de déplacement, d'entrée et de sortie, permet le déblayage d'un décor ou d'un élément sans démontage. Ces machines peuvent être mises en œuvre à partir des dessous (chariots de costière), du plateau (plate-forme ou plateau coulissants, chariots de plateau), des dessus (patiences, brigandins). Elles prennent place dans la tradition de la scena ductilis (scène coulissante), vraisemblablement existante chez les Grecs, évoquée au XVIe siècle par les commentateurs de Vitruve et reprise dès cette époque par les machinistes italiens, tant avec les châssis de coulisse qu'avec le principe dérivé des chars de triomphes ou d'entrées. Le chariot de costière (ou chariot de dessous ou de coulisse) se situe dans le premier dessous ; il se constitue d'un bâti de bois ou de fer destiné à recevoir dans des glissières verticales ou fourreaux prévus à cet effet – les cassettes– les lames des mâts auxquels se liaient les châssis de décoration. Monté sur roues à gorge, le chariot roule sur un rail disposé sur le plancher du dessous. À partir de la fin du XVIIIe siècle, ce rail parcourt toute la largeur de la scène. Dans le plateau, à l'aplomb, une rainure continue, la costière, de 4 à 8 cm de large, coupe la scène, délimitant rues et fausses rues. Évidée de sa tringle, la costière laisse le libre passage au châssis de coulisse équipé sur le chariot. Ce matériel, très lié au décor peint et à la plantation géométrale, n'est plus guère utilisé ou a disparu.
Les plates-formes coulissantes ou les chariots de plateau lui ont succédé, permettant la translation de décors construits. Montés sur roulettes de manutention à bandage de caoutchouc ou sur roues de wagonnet et glissières ou rail, guidés, de dimension variable, ces matériels couvrent une partie ou la totalité du plateau dans une disposition dite en aéroplane. Ils nécessitent de vastes dégagements scéniques à la cour, au jardin et au lointain. La patience est un tube profilé suspendu dans lequel roulent des galets reliés à des attaches. Généralement affectée aux éléments souples, elle peut servir aussi aux éléments rigides. Le brigandin est un système ancien employé dans les voleries, situé dans la partie haute du cintre entre deux passerelles. Formé d'un bâti pendant, porté par des rouleaux lisses sur une lambourde qui le guide, ou suspendu à l'aide de roues à gorge à un câble tendu horizontalement, il est appelé par des fils reliés de cour à jardin à des treuils permettant de le tirer, éventuellement en recourant à la démultiplication ou au contrebalancement. La combinaison du déplacement horizontal de cette espèce de chariot en suspension avec le déplacement vertical de fils fixés à partir du gril mais le traversant permettait d'obtenir différents types de vols (horizontal, oblique, courbe). On peut citer encore le tapis roulant, procédé expressif utilisé essentiellement pour des effets scéniques très dépendants de la mise en scène (par Piscator notamment pour ses Aventures du brave soldat Schweyk, 1928).
Classement
Spécialité : Technique et créateurs techniques