Pékin
(Opéra de)

Art composite, musical en son principe avec adjonctions successives de chants et de danses qui s'intègrent à une trame théâtrale généralement historique ou héroïque, le côté spectaculaire de l'opéra de Pékin est sensible surtout dans les costumes somptueux et variés, les maquillages et le jeu très stylisé.

Son histoire

L'opéra de Pékin est né au XIXe siècle de la synthèse de plusieurs genres régionaux. En 1790, quatre grandes troupes de la province du Anhui (An-houei) s'installèrent dans la capitale, introduisant un style particulier de musique appelé le erhuang. Un autre style musical, originaire du Nord-Ouest, le xipi, parvint à Pékin en 1831 dans sa version modifiée de la moyenne vallée du Yangzi Jiang (Yang-tseu-kiang). Le mélange du xipi et du erhuang donna bientôt naissance au pihuang, si caractéristique de l'opéra de Pékin. Œuvre de synthèse, l'opéra de Pékin a aussi gardé des mélodies à longueur fixe du kunqu et a repris à des genres régionaux, avec le chant et la musique, des mouvements de danse, des ballets, des idées de costumes. À partir de ces emprunts, de grands acteurs ont développé un genre particulier dont l'originalité a surtout été de montrer de nombreuses pièces historiques. Vers la moitié du XIXe siècle, l'acteur Tan Xinpei a donné sa forme définitive à l'opéra de Pékin qui, honoré des titres de jingxi (Théâtre de la capitale) et guoju (Théâtre national), devint si célèbre qu'il se diffusa dans d'autres villes, à Tianjin (T'ien-tsin), Hankou (Han-k'eou), Changsha (Tch'ang-cha) et surtout à Shanghai. À la fin du XIXe siècle, il jouit des faveurs de l'impératrice Cixi (Ts'eu-hi), qui invitait les plus célèbres acteurs à venir jouer au palais. Entre les deux guerres mondiales, Mei Lanfang introduisit des copies de vêtements anciens qui correspondaient mieux aux personnages féminins, créa de nouveaux ballets et ajouta dans l'orchestre une vièle à deux cordes, le erhu.

À partir de 1949, l'opéra de Pékin tomba sous la coupe gouvernementale ; de nombreuses pièces jugées immorales, féodales ou antipatriotiques furent écartées du répertoire. Pendant la révolution culturelle, de terribles persécutions s'abattirent sur les acteurs. Les écoles furent fermées et toutes les représentations interdites au profit de quelques spectacles de propagande politique. Il en résulte aujourd'hui de profondes lacunes dans la formation des jeunes acteurs.

Sa musique

Dans le répertoire de l'opéra de Pékin, on distingue deux genres de représentations : les pièces civiles dominées par le chant, et les pièces guerrières dominées par les combats. L'orchestre, lui aussi, comporte deux aspects : wenchang signifie « orchestre civil » et wuchang, « orchestre martial ».

Le wenchang est formé à la base de deux musiciens : un percussionniste jouant le bangu (petit tambour) et les ban (claquettes). C'est lui qui commande les autres instruments, donne le signal du début et de la fin d'un morceau, marque le rythme aussi bien du chant que de la déclamation et des gestes. Le second musicien est le joueur de huqin (vièle à deux cordes) qui accompagne les chants sur les modes xipi, erhuang et fan erhuang qualifiés respectivement de gai, vigoureux et tragique. Mais c'est en réalité le rythme, adopté pour chacun de ces modes, qui souligne la nature des émotions. La vièle assure également les liaisons musicales, guomen, entre les parties chantées et sert pour les mélodies fixes, paizi, spécifiques à certains événements, comme un mariage, l'arrivée d'un grand personnage. En fonction des pièces, la vièle est soutenue ou relayée par d'autres instruments tels que hautbois, luth à trois cordes, luth en forme de lune, flûte.

Cinq instruments à percussion constituent la base du wuchang. Ils ponctuent tous les mouvements. Ce sont le bangu, les ban, les nabao (cymbales), le daluo (grand gong) et le xiaoluo (petit gong). Dans certaines circonstances, le wuchang s'agrandit. Ainsi, pour imiter les hennissements des chevaux, on utilise une trompette en cuivre appelée tiaozi.

Ses costumes

Les costumes de l'opéra de Pékin présentent trois particularités : ils ne précisent pas l'époque ni le lieu où se déroule l'action ; ils situent les personnages dans leur rang social ; ils définissent leur situation du moment : en voyage, chez soi, à une cérémonie.

On distingue deux grands types de costumes. Les costumes de rôles civils reflètent la mode d'un peuple sédentaire : vêtements amples et longs qui dissimulent le corps, prolongent les mouvements et donnent une allure discrète aux déplacements des personnages. Parmi les principaux, la robe de cour, mang, décorée de dragons et de vagues dans le bas. Son col rond symbolise le ciel, et les pans inférieurs carrés, la terre. Les costumes des rôles guerriers, au contraire, sont des vêtements ajustés, qui dégagent pieds et mains et laissent ainsi une grande liberté de mouvements. Le kuaiyi, porté par les soldats, les justiciers ou les brigands, est formé d'un pantalon et d'une veste courte.

Outre ces costumes de base existent des habits spéciaux réservés à certains personnages ou à certaines circonstances, telle la jupe blanche à plis yaojun qui remonte plus haut que la taille et indique que le personnage qui la porte est malade. L'utilisation des différents types de coiffes, barbes, chaussures et armes est également régie par de nombreuses conventions.

Ses personnages

Les personnages de l'opéra de Pékin sont typés avant d'être individualisés, de telle sorte que le public averti peut très précisément situer chacun dès son entrée sur scène. Le jeu des acteurs est en outre si stylisé que n'importe quel rôle peut être joué indifféremment par des hommes ou des femmes. Il existe quatre grandes catégories de personnages, les hommes (sheng), les femmes (dan), les visages peints (jing) et les clowns (chou). Elles se distinguent les unes des autres par les costumes, les maquillages, la mélodie, la voix, les gestes. Chaque catégorie renferme des sous-catégories.

Les rôles masculins principaux sont ceux de laosheng ou personnages d'âge mûr portant la barbe. Les xiaosheng désignent les lettrés, les rôles d'amoureux ; ils se caractérisent par une voix de haute-contre qui est aussi employée pour les rôles de très jeunes garçons. Les wusheng ou rôles de guerriers exigent de l'acteur un entraînement aux arts martiaux.

Parmi les rôles féminins, le plus important est celui de qingyi dont la principale qualité est le chant, et qui représente les femmes vertueuses. Les huadan désignent les jeunes filles légères ou malicieuses, généralement courtisanes ou servantes. Les wudan sont l'équivalent des wusheng chez les hommes. Les femmes âgées, laodan, portent un bandeau autour des cheveux.

Les rôles de visages peints, de par leur maquillage très élaboré, ont la particularité de figurer de fortes personnalités. À l'exception du juge Bao Gong, ce sont toujours des guerriers, redresseurs de torts, imposteurs ou chevaliers errants. On distingue les grands visages peints, dahualian, ou rôles de traîtres dont le visage est recouvert d'un blanc mat, des visages peints secondaires, erhualian, recouverts d'une peinture huilée brillante.

Les clowns sont aussi appelés petits visages peints, xiaohualian, parce qu'ils portent un maquillage blanc, ovale ou rond sur le nez. Ce sont toujours des personnages rusés ou stupides, mais pas forcément comiques. On distingue les clowns littéraires, fang jinchou, qui jouent le plus souvent des rôles de fonctionnaires, des clowns guerriers, wuchou, pour la plupart brigands.

À côté de ces quatre grandes catégories, existe un certain nombre de rôles secondaires dont le texte est réduit à quelques mots. Ce sont par exemple les rôles de gardes, longtao, qui accompagnent un personnage important, ou bien les xiang xiashou, encore appelés cascadeurs pour leurs interventions spectaculaires dans les combats.

Bibliographie sélective

Rédacteur(s)
Édition Bordas 2008

Classement

Spécialité : Espace asiatique

Zone(s) géographique(s) :
  • Chine
Période(s) :
  • 19ème siècle
  • 20ème siècle
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Date 1ère mise en ligne
Dernière modification
15/06/2026