MEI Lanfang

Pékin, 1894 - 1961

Acteur d'opéra chinois.

L'opéra de Pékin fut élaboré au cours du XIXe siècle ; il développa les pièces historiques et celles sur les histoires de brigands, et, comme il se caractérisait par les grands ballets acrobatiques, les rôles principaux étaient tous masculins. À la fin du XIXe siècle et au début du XXe, Wang Yaoqing, qui fut le maître de Mei Lanfang, commença à donner plus d'importance aux rôles féminins. Mais c'est seulement entre les deux guerres mondiales, grâce à ceux qu'on appela « les quatre acteurs célèbres pour rôles de femme », Yan Qupeng, Xu Chenghui, Cheng Yanqiu et Mei Lanfang, que furent montés des opéras dont le rôle principal revenait à une femme. Pour l'imposer, Mei Lanfang alla à Shanghai, où le poids de la tradition était moins fort, et, grâce au succès qu'il s'y acquit, cette évolution dans l'opéra de Pékin fut possible. Il fallait alors monter de nouvelles pièces. Jusque-là les livrets étaient le plus souvent écrits par des acteurs, et n'avaient pour but que de les mettre en valeur ; les textes étaient ponctués de clichés. Mei Lanfang eut l'idée de collaborer avec Qi Rushan, un grand lettré spécialiste de l'opéra, qui créa des opéras spécialement pour lui. Claudel qui l'avait vu jouer à Shanghai a écrit sur lui des lignes enthousiastes dans le Drame et la musique : « Ce n'est pas un homme et ce n'est pas une femme, c'est un sylphe. »

Certes, ce qui fit la renommée de Mei Lanfang, ce fut son succès à l'étranger, au Japon, aux États-Unis, en URSS, où il impressionna Brecht ; également sa personnalité car il était une vedette, un des personnages des journaux à scandale, avant de devenir celui qui avait refusé de jouer sous l'occupation japonaise, puis l'acteur officiel, le député à l'Assemblée populaire après 1949. Mais cela ne devrait pas faire oublier ses véritables qualités ; il étudia le kunqu, l'ancien genre hautement raffiné, mais tombé en désuétude, pour développer les rôles féminins ; il était musicien, peintre, et il étudiait des arts différents dans le but d'affiner sa façon de jouer ; il fit des recherches très poussées sur l'histoire du théâtre et celle de la culture chinoise pour innover en s'appuyant sur la tradition, et ainsi introduisit de nouveaux costumes fondés sur des peintures anciennes et de nouvelles façons de chanter ; mais plus que pour le chant, c'est pour son jeu, son expression des sentiments qu'il s'acquit une gloire hautement justifiée. Il était entièrement dévoué à son art et, même âgé, il suffisait qu'il joue quelques minutes pour qu'on finisse par le prendre pour une jeune femme.

Rédacteur(s)
Édition Bordas 2008

Classement

Spécialité : Espace asiatique

Zone(s) géographique(s) :
  • Chine
Période(s) :
  • 19ème siècle
  • 20ème siècle
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Date 1ère mise en ligne
Dernière modification
15/06/2026