Paraguay
(Le théâtre au)
La particularité qui distingue le théâtre paraguayen contemporain est sa double expression linguistique : d'un côté, les pièces en espagnol et, d'un autre, celles en guaraní, seule langue amérindienne du continent parlée par une majorité de la population dans toutes les classes sociales.
Dès le début de la colonisation espagnole se développe au Paraguay un théâtre aux racines européennes, tant en espagnol qu'en guaraní, écrit par les prêtres jésuites pour être représenté dans les réserves d'indiens. Après l'indépendance (1811), le pays est décimé par deux conflits : la guerre contre la triple alliance – Brésil, Argentine et Uruguay (1865-1870) – et la guerre du Chaco contre la Bolivie (1932-1935). En outre, les longues dictatures de J. G. Rodríguez Francia (1812-1840), de Carlos Antonio Solano López (1844-1862) et surtout d'Alfredo Strossner (1954-1989) ont entraîné un grand retard culturel. Durant le XIXe siècle le pays reste isolé et le théâtre professionnel n'existe pas ; même les rares compagnies étrangères qui visitent le Río de la Plata ne s'y arrêtent pas. Il faut attendre le deuxième tiers du XXe siècle pour voir apparaître les premières compagnies de la période contemporaine : celle de Julio Correa (1933) en langue guaraní et la Compañía de Comedias del Ateneo Paraguayo (1941).
Au début du XXe siècle apparaît la première génération d'auteurs, considérée comme la fondatrice de la dramaturgie nationale : Leopoldo Centurión (1889-1922), Eusebio Lugo (1890-1953), Pedro Juan Caballero (1900-1946), Leopoldo Ramos Jiménez (né en 1894), influencée par le théâtre du Río de la Plata de la même époque. En 1917 est créée la Compañía paraguaya de comedias, première compagnie professionnelle. Peu d'années plus tard émerge un autre groupe de la même génération, où se distingue Miguel Pecci Saavedra (1890-1964), Roque Centurión Miranda (1900-1960), Manuel Ortiz Guerrero (1896-1933), qui cultivent la comédie de mœurs et le drame historique ou à thèse. Le principal représentant du théâtre en guaraní est Julio Correa (1890-1953), qui écrit onze pièces entre 1933 et 1946 – parmi lesquelles figurent Tereho jevy frentepe (Le Retour au front) et Karú Pocá (Les Mal nourris) – où, dénonçant les flagrantes injustices sociales, il se fait le porte-parole de tous les opprimés. À l'initiative de R. Centurión Miranda et Josefina Plá (née en 1909, d'origine espagnole) est créée la Escuela Municipal de arte escénico (1948), sous le patronage de la mairie d'Asunción, école qui deviendra une grande pépinière d'acteurs et de metteurs en scène. J. Plá est aussi auteur de Historia de un número (Histoire d'un chiffre, 1969), ainsi que d'autres pièces, et historienne du théâtre paraguayen.
Dans les dernières décennies, diverses tendances se sont exprimées : le courant proprement vernaculaire dont font partie les pièces El Fin de Chipi González (La Fin de Chipi González, 1954) de José María Rivarola Matto (né en 1927) ; Hilario en Buenos Aires de Néstor Romero Valdovinos (né en 1916) ; El último caudillo (Le Dernier Caudillo) de Mario Halley Mora (né en 1928), auteur d'une riche production ; et le courant universaliste : par exemple, Momento para tres (Un moment pour trois, 1959) de Carlos Colombino (né en 1937), qui incorpore des éléments surréalistes. Alcibíades González del Valle (né en 1936), journaliste et écrivain, s'est fait remarquer par sa trilogie sur la Guerre de la Triple Alliance ; par ses pièces inspirées de la tradition orale : Perú Rimá (1977) , El grito del Luisón, 1986 (Le Cri du Luison, être fabuleux) et par ses comédies musicales. À cette même génération appartiennent : Efraín Enríquez Gamón, José Luis Appleyard, Ovidio Benítez Pereyra et Antonio Escobar Cantero, qui ont grandi durant la dictature de Strossner. À partir de 1958, plusieurs groupes indépendants ont renouvelé le mouvement scénique, en défiant la censure et la répression : Teatro experimental asunceno (1958), sous la direction de Tito Jara Román ; Teatro popular de vanguardia (1964) animé successivement par l'argentin Oscar Wespel et Rudi Torga ; Teatro de estudio libre (1970), de Rudy Torga ; La Farándula (1975), de Héctor y Edda de los Ríos ; Tiempoovillo, collectif dynamique de courte durée, inspiré par Grotowski (1969-1975), Aty Ñe'e (1974), de Antonio Carmona y González del Valle ; Teatro Arlequín (1981), de José Luis Ardissone ; et d'autres. Cette profusion de groupes aboutit à la réalisation d'un festival : la Muestra paraguaya de teatro (1972-1978). Cependant, beaucoup de gens de théâtre ont dû s'expatrier pour pouvoir s'exprimer artistiquement : Agustín Núñez en Colombie ; Julio Saldaña au Mexique et au Nicaragua ; Arturo Fleitas en Uruguay et Eugenio Fernández au Panamá. En tête de la dernière promotion de dramaturges figurent : Ramiro Domínguez, Juan Padrón, Marcelo Guitart et Josefina Kostianovsky. La transition démocratique commencée en 1989 a été difficile, mais certaines réformes ont été appliquées et le pays a connu une ouverture vers l'extérieur. Cela a facilité aussi le retour de certains artistes exilés.
Bibliographie sélective
- Cuatro siglos de teatro en el Paraguay , el teatro paraguayo desde sus orígenes hasta hoy, 1544-1988, Josefina Plá, Asunción : Universidad Católica "Nuestra Señora de la Asunción"-Departamento de teatro, 1990-1991
- Teatro hispanoamericano... , Agustín del Saz, Barcelona : Editorial Vergara, 1964
Classement
Spécialité : Europe du Sud et Amérique latine
- Paraguay
- 19ème siècle
- 20ème siècle
- 21ème siècle