Moralité
Forme dramatique médiévale, aux personnages le plus souvent allégoriques, et à fins didactiques : le thème central de la moralité est l'antagonisme entre Bien et Mal.
Née vers la fin du XIVe siècle, la moralité se développe au XVe siècle surtout en France et en Angleterre (on peut aussi y rattacher les spelen van sinne néerlandais). Les deux structures fondamentales de la moralité sont : l'itinéraire de l'Homme (pérégrinations de l'âme vers son salut ou sa damnation) et le conflit entre abstractions opposées (en général, les Vices et les Vertus). La moralité peut être de taille très variable : certaines sont gigantesques et leur mode de représentation est semblable à celui des mystères (L'Homme juste et l'Homme mondain, de Simon Bougoin, 1476, compte trente mille vers) ; d'autres se bornent à quelques milliers de vers (The Castle of Perseverance, Le Château de Persévérance, début du XVe siècle), ou même quelques centaines. On voit apparaître aussi des moralités de propagande politique et religieuse (Le Concile de Bâle , 1434). La moralité n'est pas un théâtre qui imite la réalité ; elle veut en donner une explication allégorique et idéologique et proposer au spectateur des choix existentiels. D'où son grand succès dans une époque avide de didactisme imagé et sa profonde et persistante défaveur quand la norme devient la mimésis aristotélicienne. Et pourtant, Peer Gynt d'Ibsen ou Mystère bouffe de Maïakovski sont-ils si éloignés d'une moralité ?
Bibliographie sélective
- Moralités françaises , réimpression fac-similé de 22 pièces allégoriques imprimées aux XVe et XVIe siècles, avec une introduction de Werner Helmich,..., Genève[Paris] : Slatkine, 1980