Merveilleux
(Le théâtre du)

Le merveilleux sous forme d'intervention des puissances surnaturelles n'est jamais totalement absent du théâtre ; dans la mesure où il obéit à des conventions, il est un mode d'évasion ou veut étonner.

Spécialement, au XVIIIe siècle et dans la première moitié du XIXe siècle, en France d'abord, puis en Allemagne, en Autriche, en Amérique, se sont multipliées des formes théâtrales destinées à l'émerveillement des spectateurs, grâce à l'emploi de moyens d'expression variés et sans cesse renouvelés ; le texte a perdu son importance, au point que l'on a pu parler de « théâtre du silence », expression discutable, car la musique et les bruits ont souvent remplacé le texte. Trois circonstances expliquent cet épanouissement du merveilleux au théâtre.

– Les textes du théâtre noble, de Voltaire à Diderot, sont de plus en plus vidés de poésie, au profit d'un naturalisme rationnel ; l'imagination et la poésie cherchent leur place ailleurs. (Il faut excepter Marivaux, dont Arlequin poli par l'amour est une féerie, et dont l'Ile des esclaves, la Colonie, l'Ile de la Raison ont pour lieu des îles imaginaires.)

– L'évolution des mentalités, qui fait que les fées, les sorciers, les magiciens, les génies ne sont plus des objets d'horreur et de crainte ; on n'y croit plus, et ils peuvent devenir sujets d'amusement.

– Les progrès techniques des machineries de scène. Le merveilleux utilise d'autres moyens d'expression qu'il ne cesse d'inventer et de perfectionner : la danse et le ballet, la musique, le cirque, les funambules et acrobates, le mime, les marionnettes et les automates, les illusions d'optique et la magie blanche, les jeux d'eau et les feux d'artifice, les changements de décor, apparitions et disparitions, les animaux.

Les thèmes les plus fréquents sont les voyages exotiques ou utopiques, les récits mythologiques, les contes de fées ou d'enchanteurs, les métamorphoses. Sans qu'on puisse établir un classement de spectacles qui se renouvellent sans cesse, on peut citer les tréteaux du Pont-Neuf, des foires Saint-Laurent et Saint-Germain, qui enrichissent la tradition italienne et où apparaît l'exotisme, l'opéra-comique qui utilise surtout la musique et le ballet, outre les changements de décors, et quelques lieux mystérieux, comme l'ancien couvent des Capucines, où se produisent des illusionnistes. Sont merveilleuses aussi les fêtes ; autrefois réservées à la cour, elles deviennent populaires pendant la Révolution, grâce à David qui les organise et utilise cortèges, ballets, hymnes, décors construits et animés, pour célébrer l'unité de la République ou la Raison.

Le succès d'un spectacle merveilleux demande que la réalisation matérielle soit assez soignée pour provoquer l'illusion, sans pourtant que la virtuosité tue l'imagination et la poésie ; l'argument du spectacle doit présenter un minimum de cohérence pour que le spectateur puisse suivre le déroulement de l'histoire, et même de logique (la citrouille ne peut devenir carrosse que grâce à la baguette dont c'est la fonction conventionnelle).

La faible part du texte dans ces spectacles en a facilité l'exportation et l'échange. Par la suite, le grand opéra et le ballet de la seconde moitié du XIXe siècle peuvent être considérés comme les descendants nobles du théâtre du merveilleux ; la lanterne magique et le cinéma de Méliès en sont une transposition.

Bibliographie sélective

Rédacteur(s)
Édition Bordas 2008

Classement

Spécialité : Lexique théorique et théoriciens

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Date 1ère mise en ligne
Dernière modification
15/06/2026