Madagascar
(Le théâtre à)

Le théâtre tel qu'il est défini par les normes du monde occidental n'existe pas de façon traditionnelle à Madagascar, même si la vie sociale malgache obéit à des rites qui donnent à certains événements l'allure de véritables dialogues de théâtre.

Ainsi l'art du Kabary est une compétition d'éloquence, d'abord entre deux protagonistes ; compétition qui s'étend ensuite à toute l'assemblée. Les Hain-Teny sont des sérénades dialoguées par lesquelles les jeunes gens s'exercent à la pratique du discours séducteur ou persuasif. Mais bien que très prisés, ces dialogues sont loin d'être du théâtre au sens strict du terme. Le Hira-gasy des Mpilalao fait de chants et de danses entrecoupés de discours serait peut-être le genre le plus proche du théâtre. Il a hérité des apports des danses venues de Malaisie et de Polynésie, pays d'origine du peuplement malgache, et de celles qui proviennent d'Afrique. Ce genre typiquement malgache est joué en milieu rural par des troupes de paysans qui ne sont nullement des professionnels du théâtre. Les thèmes des pièces, qui traitent essentiellement de la vie rurale, sont débattus en commun et les dialogues sont souvent improvisés : c'est un bel exemple d'art collectif, proche de la réalité vécue. Ce n'est d'ailleurs pas un art à proprement parler mais plutôt une vision de la réalité tissée, pour ceux qui la vivent, de métaphores qui pendant la colonisation pouvaient tromper la censure.

Le théâtre, genre littéraire d'importation, a uniquement gardé, dans les premières pièces malgaches, le texte dialogué avec une division en actes et en scènes. Le nombre en varie au gré de la fantaisie de l'auteur et ce sont surtout les chants et les danses aux rythmes mélodieux et syncopés qui assurent le succès des pièces. Des auteurs tels que Rajaonah Tselatra (Zéphyne sy Armand, 1909), Rakoto de Montplaisir (Ingahy Ramakamahazo Komandy, le Chef Ramakamahazo, 1925), Michel Andrianjafy (Voalobok'i Palestine, Vigne de Palestine, 1935) connaissent très vite un grand succès parmi le public de cette époque.

Les thèmes abordés étaient d'inspiration religieuse ou moralisatrice ou tournaient autour de la vie du groupe : la famille, le divorce, l'argent. Notons au passage l'importance du thème de l'orphelin (zazakamboty) dans les pièces de cette époque : il est le symbole du Malgache colonisé qui a perdu l'indépendance de ses ancêtres.

De nos jours, le théâtre malgache reste encore peu connu à l'extérieur. Cependant, des auteurs comme Charlotte Rasenoaanjato, Michèle Rakotosson, David Jaomanoro, après avoir longtemps produit des pièces en langue malgache, se mettent à écrire en français, contribuant ainsi à faire connaître le théâtre de Madagascar à un public plus large. Ce théâtre en français commence à peine à être édité et c'est surtout la radio (Radio-France Internationale notamment) et la programmation du festival international des Francophonies de Limoges depuis 1988 qui en facilitent l'approche.

Rédacteur(s)
Édition Bordas 2008

Classement

Spécialité : Afrique, outre-mer et diaspora

Zone(s) géographique(s) :
  • Madagascar
Période(s) :
  • 20ème siècle
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Date 1ère mise en ligne
Dernière modification
18/06/2026