Incipit

Début d'une pièce.

Conformément à la nature du théâtre (littérature et représentation), le processus est double : textuel et scénique. Dans le premier cas, il s'agit de cette amorce inhérente à tout texte mais spécialement traitée au théâtre en fonction d'une finalité extralittéraire. Autrement dit, les premiers mots écrits ou lus résonnent déjà de ce qu'ils deviendront à la scène. La dramaturgie classique en sait quelque chose : l'incipit (souvent le premier vers) y informe mais il sollicite déjà la rhétorique pour capter l'attention du spectateur. D'où ces attaques : « Quoi » (Polyeucte, Britannicus), « Oui » (Andromaque, Athalie) qui débutent in medias res (il n'y a pas de temps à perdre) et se prolongent sur le mode affectif : exclamatif, interrogatif ou résolutoire. La concentration des effets chère au théâtre classique y est par ailleurs lisible ; les unités sont ainsi agréées dès ce commencement qui les invoque : le jour (Rodogune, Esther), le lieu (Athalie, Bajazet), sans parler de l'action. Bien évidemment, entre ce traitement intensif et le scepticisme contemporain à l'égard d'un procédé surestimé, il y a place pour de multiples solutions. L'incipit a souvent été ce faux commencement, lorsqu'il feint de prendre en cours une conversation déjà entamée. Il peut être emblématique d'un univers ou mise en abyme du texte : « Merdre ! » (Ubu Roi), « Rien à faire » (En attendant Godot). Et puis, il peut être à double détente : cela commence dans le prologue puis dans la première scène (Henry V). Dans le Soulier de satin, la première parole est encore prise dans le paratexte : c'est le titre formulé par l'annoncier, rideau baissé ; la seconde, par contre, est prononcée par le même, rideau levé : « … fixons mes frères… ». Le premier incipit enclenche le discours, le second l'action.

L'autre commencement concerne à la fois la représentation (jadis inaugurée par le brigadier) et la mise en scène définie comme discours scénique. Or celui-ci peut débuter bien avant le dialogue, selon des modalités variables, hors fiction ou en fiction. Dans ce dernier cas, l'introït scénique lance l'action, comme en témoignent de nombreuses didascalies initiales (Ruy Blas, l'Otage, En attendant Godot).

Rédacteur(s)
Édition Bordas 2008

Classement

Spécialité : Lexique théorique et théoriciens

Ajouter à Mon Dictionnaire
Imprimer Partager
Date 1ère mise en ligne
Dernière modification
15/06/2026