Équipe
Mode d'attache, de suspension et de levage des matériels scéniques, et type d'agencement des appareils et de leurs accessoires employés à cet effet à partir du dessus.
Une équipe est constituée de fils (fils d'appel, fil de commande), de pouliages (moufles, mère de famille), d'éléments d'accrochage (mousquetons, tendeurs, élingues), de moteurs (tambours, treuils) et de contrepoids. À l'origine, le mot désigne l'ensemble des machinistes d'un théâtre. Le terme équipage employé antérieurement (Fournel, 1859) souligne ce que la langue théâtrale doit à la marine : « Équiper un décor, un truc, une machine, c'est préparer cette machine, ce truc, ce décor et les mettre en état de manœuvrer au signal convenu » (Dictionnaire de Pougin, 1885). On distingue plusieurs sortes d'équipes. Succédant au cabestan, l'équipe contrebalancée avec tambour est courante au XVIIIe siècle (Encyclopédie de Diderot ; Moynet : [voir bibl. Machinerie]. Les fils d'appel s'enroulent sur le petit diamètre du tambour d'appel. Le fil du contrepoids se fixe sur le gros diamètre du tambour de retraite, s'enroulant en sens inverse. Un fil de commande, cloué et enroulé sur le gros diamètre, monté en boucle (fil sans fin), descend jusqu'à la passerelle de commande. L'actionnement dans un sens ou l'autre du fil de commande détermine le sens de rotation du tambour entraînant les fils d'appel. Le machiniste appuie ou charge en faisant basculer la charge du côté de la décoration ou du contrepoids. L'équipe contrebalancée simple se fonde sur la suppression du tambour. Les fils d'appel au sortir des moufles de renvoi vont se regrouper sur une mère de famille, située sur le gril à l'aplomb de la cheminée de contrepoids. Au sortir de la mère, les fils se fixent à l'œil du contrepoids. À cet œil se fixe également le fil de commande qui remonte vers la mère de famille où une poulie lui est réservée, puis redescend vers la passerelle de commande, passant par un rouleau de retraite pour assurer la prise de main par le machiniste. Ce rouleau – ou roule – est placé au niveau bas de la passerelle à l'aplomb de la lisse. Il est de section polygonale pour améliorer l'effet de frein. La mise en retraite du filpour le blocage de l'équipe se fait sur une cheville (ou fiche, ou palette, ou taquet) fixée à 45 degrés sur la lisse. Le contrepoids est calculé pour être légèrement plus lourd que l'élément équipé. Pour appuyer, il faut laisser filer le fil de commande. Pour charger, il faut par une traction légère faire remonter le contrepoids. L'équipe mécanique (dite à l'allemande) est une équipe contrebalancée perfectionnée, d'origine plus récente, permettant de lever des charges assez lourdes. Guidé par deux fils de registre évitant tout ballant, ou même par des fers verticaux, le contrepoids est mis en circuit continu ; le fil de commande, fixé à l'œil supérieur, se fixe aussi à un œil inférieur situé en dessous du contrepoids. Le fil de commande est ainsi mis en boucle, s'engageant au grilet au dernier dessous dans des poulies. Au niveau de la passerelle, il passe par un frein qui permet de le bloquer ou de le libérer. Les charges étant équilibrées, le machiniste l'actionne par traction légère dans un sens ou l'autre. L'équipe mécanique palanquée est utilisée quand il n'y a pas la possibilité d'utiliser pour la course du contrepoids toute la hauteur de la cage de scène, du gril aux derniers dessous (en cas de larges dégagements scéniques latéraux) ou quand la hauteur du cintre n'est pas suffisante. Le palanquage est un système de palan composé d'un point d'arrêt en sous-gril et d'une poulie mobile fixée à la place de l'œil supérieur du contrepoids. Les fils d'appel passent par cette poulie pour rejoindre le point d'arrêt. Ce principe permet sur une hauteur donnée de doubler la longueur des fils par repliement.
L'équipe manuelle (ou équipe légère, ou à plat à la main) est une équipe non contrepesée pour des charges très légères. Au sortir de la mère de famille, la poignée est prise directement en main par le machiniste à la face de la passerelle de commande (côté théâtre), après être passée sous le rouleaude retraite pour plus de sécurité. La poignée se met en retraite sur la palette de la lisse. En appel, l'équipe est actionnée par traction directe à bras d'homme. Enfin, les équipes sont de plus en plus motorisées, c'est-à-dire que la force de traction pour la commande, ou même pour l'appel direct, est fournie par un treuil électrique comportant des dispositifs télémécaniques et électromagnétiques de contrôle de la vitesse et des fins de course. Les moteurs sont en disposition ponctuelle dans les dessous, sur le gril, contre le mur de face ou de lointain, pour l'actionnement des contrepoids dans les équipes à l'allemande, pour l'entraînement des mères de famille ou du fil de commande, ou de tout autre fil. Ils sont synchronisables. Ces équipes sont conçues pour des charges généralement de 300 à 500 kilos et même jusqu'à une tonne. Elles peuvent se coupler à des commandes ou à des régulateurs informatisés, tout en ménageant des reprises manuelles en cas de panne. Il existe aussi des treuils mécaniques manuels (à manivelle et cliquet) pour des petites équipes alourdies d'une charge de 200 à 300 kilos (porteused'éclairage dans un petit théâtre, par exemple).
Le recours à la traction directe caractérise les équipes les plus récentes. Mais celle-ci s'exerce de façon différente de celle des équipes manuelles, en ce qu'elle est électriquement ou hydrauliquement actionnée. L'équipe motorisée en tirage direct ne fait plus appel aux contrepoids mais uniquement à la force de traction de moteurs électromagnétiques ou hydrauliques. Elles diffèrent donc en ce sens aussi de l'équipe mécanique contrebalancée, qui recourt uniquement à la force de gravitation et au contrebalancement, et de l'équipe motorisée contrebalancée, qui, tout en usant d'une énergie autonome, garde le contrepoids. Elle est la conséquence des mutations dans le domaine des moteurs. Par usage et par glissement de sens, le terme d'« équipe manuelle » devient alors de plus en plus réservé de ce fait aux équipes contrebalancées mécaniques dites « à l'allemande », manœuvrables à la main par un fil de commandequand les équipes électromécaniques et celles à tirage direct le sont à distance, informatiquement. La Comédie-Française et l'Opéra Garnier ont vu leurs cintres rééquipés en ce sens. [Voir Levage.]
Classement
Spécialité : Technique et créateurs techniques