Didascalies
On peut appeler didascalies tout ce qui dans le texte de théâtre n'est pas dialogue, c'est-à-dire tout ce qui est du fait du scripteur, directement. Le mot provient de l'Antiquité grecque.
Les didascalies comprennent les indications de lieu et de temps, dites indications scéniques, mais aussi les indications de ton et de mouvement, et surtout l'indication des noms des personnages devant la couche textuelle parlée par tel personnage. La didascalie comprend tout ce qui permet de déterminer les conditions d'énonciation du dialogue ; exemple : « la scène représente une cuisine » ou « X. en colère », ou simplement « X. – » précédant une réplique.
Conditions d'énonciation imaginaires et scéniques, les didascalies sont de ce fait nécessairement ambiguës : elles désignent les conditions d'énonciation (les coordonnées spatio-temporelles en particulier) de l' événement fictionnel mais en même temps les conditions scéniques . Le rôle de la didascalie est donc double : elle est un texte de régie comprenant toutes les consignes données par l'auteur à l'ensemble des praticiens (metteur en scène, scénographe, comédiens) chargés d'assurer la présence scénique de son texte ; elle est un soutien permettant au lecteur de construire imaginairement soit une scène, soit un lieu du monde, soit les deux à la fois. Dans tous les cas les didascalies ont le statut d'un acte directif : autrement dit, elles peuvent être glosées non par un verbe au mode indicatif, mais par un impératif, « une table et deux chaises » signifiant non « il y a une table… » mais « mettez sur la scène (ou imaginez) une table et deux chaises » (on peut comparer aux indications de mesure ou de rythme des partitions musicales).
Conséquences
Si les auteurs sont eux-mêmes les metteurs en scène (Shakespeare, Molière ) ou si les codes de représentation sont étroitement fixés, les didascalies sont souvent limitées aux noms des personnages et aux indications en début de texte.
L'importance de la couche textuelle didascalique dépend du type de théâtre et surtout du type d'espace. Les didascalies deviennent surtout abondantes au XIXe siècle : l'espace devenant la reproduction, souvent décorative, d'un lieu dans le monde et le personnage étant beaucoup plus individualisé, elles apportent les précisions nécessaires. Dans la représentation contemporaine, elles servent à construire l'espace autonome qui correspond à tel texte, avec ses indications spatiales précises, l'auteur anticipant sur le metteur en scène (ainsi chez Beckett). Dans toute dramaturgie du geste, elles peuvent à la limite constituer tout le texte (Beckett, Acte sans paroles, I et II).
Didascalies internes
Les indications données au metteur en scène peuvent figurer aussi à l'intérieur du texte dialogué : « Approchez-vous, madame », dit le médecin du roi Lear à Cordélia : dans Shakespeare, le texte didascalique provient de ce que l'on peut tirer du dialogue. « Vous toussez fort, madame. Vous plaît-il un morceau de ce jus de réglisse ? » (Molière, le Tartuffe) ; acte scénique, rapports gestuels sont ici indiqués : un discours scénique coïncide avec le discours parlé. Autonomes ou internes, les didascalies ne sauraient dire le tout des conditions d'énonciation fictionnelles et scéniques : il y faut la construction d'un texte nouveau, celui du metteur en scène et des praticiens. [Voir Paratexte.]
Bibliographie sélective
- Théâtralité, écriture et mise en scène , sous la dir. de Josette Féral, Jeannette Laillou Savona, Edward A. Walker, Ville de LaSalle, Canada : Hurtubise, 1985
- Le Spectacle du discours , Michael Issacharoff, Paris : J. Corti, 1985
- Didascalies , les mots de la mise en scène, Thierry Gallèpe ; préf. de Blanche-Noëlle Grünig, ParisMontréal : l'Harmattan, 1998
- Jouer les didascalies , théâtre contemporain espagnol et français, [éd. par] Monique Martinez-Thomas ; préf. de Jean-Marie Thomasseau, Toulouse : Presses universitaires du Mirail, 1999
Classement
Spécialité : Lexique théorique et théoriciens