Concours dramatiques
(en Grèce ancienne)
Toute représentation théâtrale en Grèce ancienne était donnée dans le cadre d'un concours organisé à l'origine pour les fêtes de Dionysos. De tels concours furent ensuite intégrés dans d'autres cultes. Le théâtre fut ainsi, comme le sport, étroitement associé à la vie agonistique des Grecs.
Les Grandes Dionysies d'Athènes
Les premiers concours de caractère théâtral furent organisés vers 560 av. J.-C. à Icarie, un dème de l'Attique (aujourd'hui Dioniso). Il s'agissait alors de concours entre chœurs prédramatiques destinés à illustrer un dieu nouveau, Dionysos. Le tyran Pisistrate associa ce culte nouveau et populaire aux cultes de la cité d'Athènes : il fonda les Grandes Dionysies vers 545 av. J.-C., fête au cours de laquelle eut lieu le premier concours de tragédies dans lequel Thespis s'illustra. Le concours prit de plus en plus d'importance et s'enrichit d'épreuves nouvelles : épreuve de dithyrambes* en 509 av. J.-C., épreuve de comédies en 486. À l'époque de Périclès, la fête trouva son programme définitif. Elle se déroulait au mois d'Elaphobeion (approximativement mars-avril). C'est une fête du printemps. Elle durait sept jours. Le premier jour avait lieu l' exagogê , procession au cours de laquelle la statue de Dionysos était transférée du vieux sanctuaire d'Éleuthères au théâtre de Dionysos au sud de l'Acropole. Elle était exposée sur la thymélê, autel du dieu situé au centre de l' orchestra. Le jour suivant avait lieu la pompê , procession solennelle, au cours de laquelle on accomplissait les différents actes du culte. En faisaient partie les chorèges, les poètes et les acteurs. Le proagon intervenait à la fin de la journée : réunis dans l'Odéon de Périclès, les concurrents étaient présentés au public et le programme était officiellement annoncé.
Le concours débutait le lendemain. Une première journée était réservée au concours de dithyrambes. Dix chœurs d'enfants s'affrontaient, puis dix chœurs d'hommes, chacun de ces chœurs comprenait cinquante chanteurs. Le chorège vainqueur remportait un trépied. Puis venait la journée consacrée au concours de comédies. Cinq concurrents étaient généralement en compétition. Le chorège vainqueur remportait un panier de figues et une outre de vin. Le concours de tragédies était la séquence la plus importante du concours. Trois jours lui étaient consacrés. Chacun des trois poètes concurrents présentait, durant une journée entière, une tétralogie : trois tragédies et un drame satyrique. Le chorège vainqueur remportait un bouc. La structure du concours était destinée à illustrer les chorèges et les choreutes plus que les poètes ou les acteurs. Les prix honorifiques décernés avaient une valeur rituelle. Poètes et acteurs touchaient, eux, un salaire de l'État. Néanmoins le poète était cité à côté de son chorège dans les palmarès. L'acteur chef de troupe dut attendre le milieu du v e siècle pour voir son nom également cité. Le concours des Grandes Dionysies fut fondamental pour le développement du théâtre à Athènes. L'épanouissement des différents genres dramatiques est une conséquence de l'extension prise par cette fête étroitement liée au développement des institutions démocratiques [Voir ChŒur]. Il n'était possible de présenter au concours que des œuvres nouvelles. Une exception fut tolérée vers la fin du siècle pour les tragédies d'Eschyle* . En 385 av. J.-C., une pièce ancienne fut régulièrement reprise hors concours. Lorsque les circonstances économiques obligèrent les Athéniens à remplacer la chorégie* par l'agonothésie, l'ensemble du concours perdit beaucoup de sa dynamique : les inscriptions montrent que certaines années la fête des Grandes Dionysies fut amputée de certaines épreuves. En outre, un concours de pièces anciennes fut organisé à côté du concours des pièces nouvelles qui, en principe, resta le plus important au cours de la fête.
Lénéennes, petites Dionysies et autres concours
À Athènes même, les fêtes de Dionysos donnèrent lieu à d'autres concours. Les Lénéennes célébrées en janvier étaient parmi les plus importants. Ce concours privilégiait les comédies aux dépens des tragédies. Durant l'automne, les dèmes organisaient tour à tour des concours dramatiques au moment de leurs Dionysies locales. Le programme était nettement plus réduit. C'était surtout, pour les œuvres primées dans les concours de la ville, une occasion pour être jouées de nouveau. Le succès remporté par les concours dramatiques d'Athènes inspira à d'autres cités le désir d'organiser de telles manifestations au sein de leurs fêtes religieuses. C'est ainsi que les concours dramatiques vont peu à peu se répandre dans toute la Grèce et être intégrés dans divers cultes. L'un des exemples le plus caractéristique est celui des Sôteries (Sôteria) de Delphes. Ce type de fête, créé pour remercier Apollon d'avoir épargné le sanctuaire lors de l'invasion des Galates en 278, est promu concours « sacré » en 246 av. J.-C. Ce fut une vraie première car les concours dits « sacrés » (jeux Olympiques, Pythies, jeux de l'Isthme et de Némée) ne comportaient que des épreuves gymniques. Or les épreuves scéniques et musicales des premières Sôteries sont associées aux épreuves sportives traditionnelles des jeux sacrés. Désormais le théâtre sera associé à la vie agonistique internationale des Grecs. Il figurera dans presque toutes les grandes fêtes, qu'il s'agisse de concours « sacrés » ou de concours « rémunérés » : ces derniers, moins prestigieux, étaient organisés individuellement par les cités et donnaient lieu, non à un prix honorifique, mais à un salaire.
Il faut noter qu'Athènes, berceau du théâtre, garda longtemps la prééminence en matière de concours dramatiques. Pourtant ses fêtes, notamment le concours des Grandes Dionysies, conservèrent leur particularisme et ne furent jamais concours « sacrés ». En revanche, certains concours sacrés, comme les jeux Olympiques, furent enrichis par des épreuves scéniques, tardivement il est vrai, et sur la demande de l'empereur Néron qui y remporta quelques couronnes.
On sait par Suétone que les concours de pièces nouvelles furent supprimés au ii e siècle de notre ère. Le théâtre avait perdu, depuis longtemps, de sa force créatrice. Les concours de pièces anciennes subsistèrent jusqu'à la fin de l'Antiquité, en particulier dans l'Orient hellénistique. Mais le développement d'autres spectacles, notamment des jeux romains, rendit plus difficile le maintien des concours dramatiques grecs devant des publics de moins en moins hellénophones. Dans les derniers temps, les acteurs grecs se contentaient de donner des extraits chantés du répertoire : les artistes scéniques deviennent presque tous des artistes dits « thyméliques », c'est-à-dire essentiellement des musiciens. Mais la « sainte confrérie internationale des technitês thyméliques », comme la désigne une inscription de Nîmes, sut perpétuer jusqu'à la fin de l'Antiquité la tradition des concours dramatiques grecs.
Classement
Spécialité : Institutions et lieux