Comédie larmoyante
en Angleterre
Nom donné par le critique anglais Blair à la comédie sentimentale.
Après les attaques du pamphlétaire Jeremy Collier à la fin du XVIIe siècle contre l'immoralité du théâtre et les aristocrates roués qui en sont les héros favoris, le nouveau public anglais apprécie les comédies chastes d'un Cibber : Love's Last Shift (l'Ultime stratagème de l'amour, 1696) reprend le subterfuge de l'héroïne de Mesure pour mesure pour ramener à l'épouse son mari infidèle. Auteurs et public condamnent le jeu et l'intrigue. Vanbrugh présente une épouse poussée à bout (The Provoked Wife, 1697) qui rend le bien pour le mal à son immoral époux, sir John Brute. En 1730, la sentimentalité se donne libre cours et force sur l'émotion : The Conscious Lovers (les Amants sensibles, 1733) de Steele et, du même, Lying Lover (adapté du Menteur de Corneille). La décence des mœurs, le conservatisme des sentiments, l'affirmation d'un idéal social et moral répondent aux exigences de la classe moyenne. Le grand succès du Marchand de Londres (The London Merchant, 1731) de George Lillo marque ce glissement vers le conte moral tiré de la vie privée de la bourgeoisie qui inspirera également Diderot et Lessing. La comédie larmoyante proprement dite n'en continue pas moins à développer ses succès pour devenir vraiment populaire vers 1760. On pleure sur la détresse, la patrie, les enfants enlevés, les familles désunies. Kelly et Cumberland illustreront ces thèmes qui annoncent déjà le mélodrame.
[Pour la comédie larmoyante en France, voir La Chaussée, Nivelle de.]
Classement
Spécialité : Lexique théorique et théoriciens
- Royaume-Uni
- 17ème siècle
- 18ème siècle