Chypre
(Le théâtre à)
L'île de Chypre, État indépendant depuis 1960, ne présente pas une grande tradition théâtrale, du fait partiellement de la vie nationale très agitée du pays. Toutefois, l'activité théâtrale, bien qu'essentiellement amateur jusqu'à la Seconde Guerre mondiale, est loin d'être inexistante.
Un théâtre nationaliste
Elle connaît un premier développement vers la fin du XIXe siècle, quand l'île passe de l'occupation ottomane à la domination britannique. Elle est assurée par des associations ou sociétés qui déploient leurs activités tant dans la capitale, Nicosie, que dans les villes régionales. Elles se soucient peu de la qualité du théâtre qu'elles offrent. Pièce et représentation n'ont qu'un seul but : renforcer le sentiment national du public chypriote et maintenir vivants les liens avec la métropole hellène. D'ailleurs, leur répertoire se constitue principalement d'œuvres dramatiques grecques ou chypriotes-grecques à la thématique historique et patriotique, comme c'est la tendance de la dramaturgie grecque de l'époque.
En 1900 est construit à Nicosie le premier théâtre du pays, le théâtre Papadopoulou. Les troupes italiennes y présentent des opéras, les troupes grecques des opérettes viennoises et françaises. Le théâtre autochtone, quant à lui, reste encore amateur. La représentation théâtrale constitue désormais une des activités principales des associations culturelles, mais celles-ci sont liées aux groupes politiques qui font leur apparition dans la société chypriote. Ainsi, le théâtre n'est plus seulement au service d'objectifs nationaux partagés par tous mais reflète les clivages politiques et sociaux qui divisent le pays. En 1920, époque du développement du syndicalisme et des mouvements de gauche, différentes corporations de travailleurs créent également leurs troupes théâtrales d'amateurs.
En 1918, deux frères, Kostas et Sotirakis Markidis, créent à Chypre les premiers numéros de revue, suivant les modèles athéniens. Bientôt, la revue devient le genre théâtral préféré du public chypriote ; des auteurs locaux s'y spécialisent, et les troupes d'amateurs la maintiennent constamment dans leur répertoire.
Amateurs et professionnels
Pendant l'entre-deux-guerres, le théâtre d'amateurs est en plein essor. Leur répertoire varie des revues chypriotes aux mélodrames français. La Seconde Guerre mondiale, en isolant Chypre du reste de l'Europe et de l'hellénisme, semble favoriser la professionnalisation du théâtre chypriote. La troupe Lyricon (1942), qui se veut la première troupe professionnelle nationale, se constitue afin de remplir le vide laissé par les troupes étrangères et surtout grecques. Bientôt d'autres troupes professionnelles apparaissent à Nicosie. Les revues, les opérettes et en général le théâtre musical constituent l'essentiel des spectacles à succès. La gauche communiste chypriote, pour sa part, met sur pied une troupe qui réunit tous les comédiens et artistes amateurs idéologiquement proches : la troupe Promytheas essaie de rompre avec la mode de la revue. Ambitieuse dans la recherche esthétique, elle présente au public chypriote, avec la collaboration d'hommes de théâtre grecs, des pièces du répertoire international. Le Kypriako Théâtro, troupe professionnelle créée en 1950, se voue pendant une dizaine d'années aux comédies de mœurs ainsi qu'aux opérettes grecques ou même chypriotes.
L'État et le théâtre
En 1960, la République de Chypre se constitue et l'État apporte son soutien au théâtre. L'OTHAC (Organisme de développement théâtral de Chypre), association à but non lucratif, fondée en 1961, sera la première troupe à obtenir l'appui financier de l'État. L'intervention de l'État dans le domaine du théâtre devient de plus en plus active et, en 1968, sont jetées les bases de la future création d'un théâtre d'État et de l'élaboration d'un plan de subventions des troupes professionnelles.
En 1969, la RIC (Fondation radiophonique de Chypre) met sur pied son Théâtre dont les représentations sont aussi retransmises à la télévision ; malgré son apport considérable, il doit suspendre ses activités une fois le Théâtre national fondé.
En 1970, la Chambre des députés adopte la loi constitutive du THOC (Organisme théâtral de Chypre) qui a pour but de « promouvoir l'art du théâtre à Chypre, de cultiver le sentiment artistique et théâtral du peuple, et de contribuer au développement des rapports artistiques entre le monde théâtral de Chypre et celui de la Grèce et des autres pays ». Le THOC est un organisme semi-étatique et dépend administrativement du ministère de l'Éducation qui est aussi son principal bailleur de fonds. Le THOC, à la fois organisme d'État pour le développement du théâtre et scène nationale, essaie d'appliquer une politique d'équilibre consistant à attirer, d'une part, le plus grand nombre de spectateurs au théâtre et à présenter, d'autre part, un répertoire susceptible de familiariser le public avec les grandes étapes de la dramaturgie internationale. Le THOC emploie 20 à 25 comédiens par an, avec des contrats annuels renouvelables. La grande majorité de ces comédiens a reçu une formation artistique en Grèce, et certains d'entre eux en Grande-Bretagne ou à Moscou, Chypre ne disposant toujours pas d'une école de formation d'acteurs. Pour ses représentations, le THOC utilise le théâtre municipal de Nicosie, la seule salle convenable dont dispose le pays.
En dehors de l'activité théâtrale du THOC, la production théâtrale à Chypre reste limitée. La troupe Papadimitris est la seule compagnie professionnelle qui existe depuis 1960 sans aucune subvention d'État ; elle présente exclusivement un répertoire composé de revues et partage avec le THOC le public théâtral chypriote.
Classement
Spécialité : Europe du Nord
- Chypre
- 19ème siècle
- 20ème siècle