Bénin
(Le théâtre au)
Les sorties de masques, les manifestations de certaines sociétés d'initiés, comme le Kouvito ou le Zangbeto, sans omettre ni les panégyriques claniques ni le théâtre de marionnettes de la région de Wémé, peuvent apparaître comme autant d'expressions dramatiques originales du peuple béninois.
Mais c'est avec l'entreprise évangélisatrice, conduite avec beaucoup de zèle par les missionnaires aussi bien catholiques que protestants, que se développe dans l'ancien Dahomey une activité théâtrale à caractère occidental, activité qui touche essentiellement les établissements scolaires où les élèves illustrent les vies des saints patrons au moyen de saynètes édifiantes. C'est aussi l'époque où dans le cadre de l'École normale William-Ponty de Gorée, son directeur, Charles Béart, encourage les élèves à recueillir les contes et légendes traditionnels, futurs matériaux destinés aux spectacles représentés à l'occasion de la « fête d'art indigène » qui clôture solennellement l'année scolaire.
Les années immédiatement postérieures à l'indépendance sont marquées par une recrudescence de l'activité théâtrale, avec, en particulier, la création de plusieurs troupes : les Cerveaux noirs (1965), les Muses du Bénin (1967), et la troupe de l'Institut de recherches appliquées du Dahomey, créée en 1968. On doit également mentionner le rôle joué par la troupe Zamahara, littéralement « la Voix du peuple », qui s'inscrit dans la droite ligne du courant idéologique marxiste adopté par les dirigeants béninois depuis la révolution d'octobre 1972, sans oublier également la troupe Towakonou dont les créations, collectives, se font essentiellement dans les langues africaines.
Incontestablement, si l'on en croit les observateurs présents sur le terrain, le théâtre béninois souffre à la fois de la pléthore des troupes d'amateurs, aussi nombreuses qu'inexpérimentées et d'un manque de renouvellement sur le plan esthétique. Au cours des dernières années on a cependant vu émerger un certain nombre d'auteurs dramatiques de talent, parmi lesquels il faut citer Camile Amouro (Goli, 1996), Albert Condonou (Louis Hunkarin ou la grande France, 1994), Séverin Akando (Révolution africaine) , Julien Alapini (Acteurs noirs), Maurice Mele (Danhômê), Henri Hessou (l'Aventurier sans scrupules) et surtout José Pliya (le Masque de Sika, 2001), Nègrerrances, suivi de Kondo le roquet, Concours de circonstances (1997), la Secrétaire particulière, Nous étions assis sur le rivage du monde (2004), présenté au festival des théâtres francophones de Limoges, et enfin Quêtes (2005), un texte en forme de fable articulé autour de l'histoire d'un couple déchiré. Avec cette pièce, on peut dire que Pliya renforce son ancrage dans une modernité dramatique qui dépasse les frontières culturelles et inscrit sa démarche dans la dimension de l'universel.
La seconde figure importante du théâtre béninois contemporain est Florent Couao-Zotti, romancier et dramaturge, auteur de Ce soleil où j'ai toujours soif (1995) et de la Diseuse de mal-espérance (2001), pièce inspirée de Notre-Dame de Paris de Victor Hugo, dans laquelle il met en scène un double de Quasimodo en la personne de Modo, factotum de la cathédrale, dont l'amour pour la belle chiromancienne Oulima se heurte aux intrigues de ses rivaux, au nombre desquels l'abbé Fréjus, le libidineux curé de la paroisse, véritable incarnation du mal, dont les traits rappellent la figure patibulaire du grand inquisiteur ! La dernière pièce de Couao-Zotti a pour cadre un camp de réfugiés, victimes de l'une des innombrables guerres tribales qui déchirent périodiquement l'Afrique. Instincts primaires… combats secondaires (2001) vient ainsi renforcer le sentiment de pessimisme qui traverse l'ensemble de son œuvre, tant dramatique que romanesque.
L'histoire et les légendes des anciens royaumes du Dahomey ainsi que la critique des mœurs qui nourrissent cette création théâtrale sont également à la source de nombreuses pièces encore inédites, comme Le mariage n'aura pas lieu de Séverin Akandoou, Les dieux ont trahi et Le paradis est plutôt un enfer de Lucien Gangbadjo, qui constituent le répertoire ordinaire des nombreuses troupes scolaires encore actives au Bénin.
Bibliographie sélective
- Notre librairie , 69, mai-juillet 1983, 1983
Classement
Spécialité : Afrique, outre-mer et diaspora
- Bénin
- 20ème siècle
- 21ème siècle