Atelier d'urbanisme et d'architecture
(1960-1986)

Imaginé à la fin des années 1950 par l'urbaniste J. Allégret et fondé sous la forme d'une coopérative, l'AUA s'est voulu un organe original de production en concevant l'architecture comme un art du quotidien et comme une des sciences de l'homme. La mise en forme de lieux destinés aux spectacles ne pouvait pas échapper à ses ambitions réformatrices. Elle a été principalement le fait des architectes Fabre et Perrottet.

Membres fondateurs de l'AUA, d'abord associés (depuis 1967) puis dirigeant leur propre agence (depuis 1976) significativement intitulée Atelier d'urbanisme et d'architecture, Fabre et Perrottet ont toujours défendu une philosophie de leur métier qui s'appuie sur deux points : la pratique du travail en commun qui a donné lieu à une longue collaboration avec Noël Kuperman, dit Napo, (1940-2005) sur les questions scéno-techniques, ou avec le scénographe Michel Raffaelli (né en 1929) ; la réflexion sur l'environnement du lieu théâtral – ainsi pour le projet de la salle de spectacles du Pays d'Aix (2003) qui, à l'opposé de l'approche marketing du projet lauréat, a été dessiné à partir d'une prise de position sur le programme et son rapport aux trames urbaines et à l'imaginaire aristocratique d'Aix.

Cette philosophie s'est d'abord exprimée dans la création des maisons de la culture. L'aventure commence en 1961 lors de la rencontre avec Allio ; ensuite le colloque de Royaumont (juin 1961), le travail avec le Théâtre de la Cité de Villeurbanne (dirigé par Planchon), un voyage d'étude en RFA et en Grande-Bretagne, débouchent, en juin 1966, sur la mise en place du programme, l'esquisse des solutions techniques et architecturales de l'ensemble culturel de La Part-Dieu à Lyon.

L'aboutissement de ces études sera aussi la transformation du théâtre Sarah-Bernhardt (Théâtre de la Ville) en 1967-1968 (primé à la Quadriennale de Prague en 1977). Suivront de nombreuses réalisations toujours attentives au rapport (analysé sur le mode imaginaire du couple peuple/bourgeoisie) de l'homme à la ville, parmi lesquelles on peut citer : la construction du Centre des arts et loisirs du Vésinet (1975), de la salle des Congrès du Mans (1979-1981), de la maison de la culture de Bobigny (1979, restructuration en 1991), du Théâtre national de la Colline (1983-1988) à Paris, du Centre culturel de la Faïencerie à Creil, du Théâtre des Gémeaux à Sceaux (1998-2000), la rénovation de l'Opéra de Rennes (1994-1999) et du Théâtre de l'Esplanade à Saint-Étienne (1998-2000), la retructuration du Théâtre Garonne à Toulouse (2003-2005). Au fil de ces réalisations qui témoignent de l'habileté des architectes à dessiner une architecture comme métaphore du théâtre populaire (dans le développement du thème de la promenade architecturale, le traitement emblématique des gradins de la salle, les variations autour de l'effacement du cadre de scène), on peut suivre l'évolution de leur sensibilité depuis leur rencontre avec Allio. Pour celui-ci, il s'agissait de faire table rase du passé. Évoquant Le Corbusier, il plaidait pour un théâtre-machine destiné à rendre possibles toutes les formes d'organisation de l'espace dramatique. L'inventaire des formes historiques du rapport scène-salle (de la salle à l'italienne au théâtre total) le conduit à concevoir le lieu théâtral comme un laboratoire : il faut, argumente-t-il, se défaire de la « vieille enveloppe décorative baroque » et adopter les possibilités techniques offertes par l'industrie. Ce sera l'ambition du Théâtre national de Chaillot (1973-1975) conçu par Fabre et Perrottet dans l'esprit d'un studio de télévision.

Ces recherches trouvent leur aboutissement provisoire (Perrottet aime à dire qu'« il n'y a pas de forme définitive, ni de forme idéale ») dans des lieux comme le grand volume (pour environ 1 000 places) de la salle des fêtes et des spectacles de Colombes (concours 1987, inauguration 1991) ou la salle intimiste (pour moins de 200 places), nichée dans un ancien pavillon, du Théâtre international de langue française à Paris-Villette (1991-1992). Disposant désormais d'équipements techniques fiables, empruntés au monde de l'industrie (plateaux élévateurs), et d'un vocabulaire architectural maîtrisé, les architectes donnent une expression pleinement artistique de leur concept de théâtre-outil. Ainsi, au Théâtre national de la Colline (architecte associé : A. Cattani), ce n'est plus la prouesse technique qui est mise en scène mais les retrouvailles de l'homme et du théâtre, au sein d'une ambiance raffinée. Paradoxalement c'est à l'occasion de la rénovation du théâtre municipal d'Angoulême (1994-97, associée : M. Godlewska) que Fabre et Perrotet ont dessiné l'expression la plus subtile du concept de théâtre-machine. En effet la salle de spectacles, couronnée par une coupole peinte offrant au public une vue du cosmos, s'affirme comme un échangeur des temps. Comme le point où un peu de l'éternité des dieux filtrerait dans le présent des hommes. Réponse sereine à tous ces « espaces culturels » construits par des municipalités en mal de modernité et qui ne sont que la caricature des rêves de l'avant-garde. Mais aussi réponse lucide qui n'a rien perdu de sa radicalité. Si la réalisation du pôle culturel de la Seyne-sur-mer tient les promesses des dessins présentés (2005) on pourra assister à un avatar spectaculaire du théâtre-machine-outil. Ce projet (avec M. Parente et CCD, architectes) effectue une relecture du vocabulaire spatial et formel de l'architecture moderne tout en sublimant un élément essentiel du programme, la salle transformable. Les architectes ont étudié avec soin les configurations scène-salle et ont étendu le concept de transformation à la composition dont la rigueur géométrique est couplée à l'aspect chatoyant du bâtiment (couvert par une série de lames d'acier verticales au dessin aléatoire sur lesquelles joue la lumière). Comme si la clé du projet était une figure archétypale : le temple grec posé sur un rocher dominant la Méditerranée aux reflets innombrables.

Professeurs à l'École d'architecture de Paris-Villemin, Fabre et Perrottet ont animé un atelier sur le thème de l'architecture théâtrale et dirigé un programme de formation aux métiers de la scénographie (architecture et économie des équipements culturels) avec le metteur en scène P. Mélior et le peintre-scénographe M. Soumagnac [voir Architecture et théâtre, Architecture du théâtre à l'italienne].

Bibliographie sélective

Rédacteur(s)
Éditions Bordas, 2008

Classement

Spécialité : Technique et créateurs techniques

Zone(s) géographique(s) :
  • France
Période(s) :
  • 20ème siècle
  • 21ème siècle
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Date 1ère mise en ligne
Dernière modification
15/06/2026