Antifasciste
(Théâtre)
Le théâtre antifasciste désigne, dans son sens le plus large, toutes les activités théâtrales des émigrés entre 1933 et 1945, qui perpétuèrent à travers l'exil une tradition désormais défigurée ou proscrite en Allemagne. Dans son sens le plus étroit, il caractérise un certain type de théâtre militant qui s'efforça, à travers des évocations du IIIe Reich, de faire prendre conscience de la barbarie du régime nazi et du danger qu'il représentait pour l'Europe entière.
Dès 1933 un grand nombre de metteurs en scène, d'auteurs et d'acteurs s'exilent, refusant de collaborer avec le nouveau régime, se sentant menacés pour leurs idées politiques ou leur origine juive. L'interdiction des pièces progressistes, l'utilisation des classiques – notamment Schiller – à des fins de propagande, l'éviction systématique des acteurs et dramaturges juifs les convainquent de la nécessité de défendre le théâtre allemand face au national-socialisme, en maintenant vivants son esprit critique et le répertoire classique ou moderne qui ont fait sa grandeur.
La plupart s'efforcent de participer à la vie théâtrale des capitales où ils se réfugient. À l'exception des pays de culture germanique (Suisse, Autriche), l'obstacle de la langue demeure souvent insurmontable pour les acteurs. Un certain nombre de metteurs en scène peut se joindre à des troupes, travailler activement dans des théâtres de langue allemande, influencer leurs répertoires, notamment à Prague et à Zurich. Parfois, ils réussissent à créer de nouvelles structures, comme le grand théâtre antifasciste que Piscator tente d'organiser en URSS, à Engels, capitale de la République des Allemands de la Volga. Beaucoup d'auteurs enfin écrivent des pièces dénonçant le régime. Elles sont montées aussi bien à Varsovie, à Paris, à Londres qu'à New York. Quant aux œuvres interdites en Allemagne, ils ont à cœur de les représenter, n'hésitant pas à monter l'Opéra de quat'sous en yiddish à Shanghai, dans les années quarante.
Les pièces antifascistes écrites en exil se répartissent en deux catégories principales. Certaines œuvres évoquent la situation européenne, la barbarie nazie, dans des formes réalistes ou allégoriques (ainsi Têtes rondes et têtes pointues, Arturo Ui, Grand'peur et misère du IIIe Reich de Brecht, les Races de Bruckner, Plus jamais la paix de Toller). D'autres prolongent le style du théâtre d'agitation de la République de Weimar (ainsi Professeur Mamlock de Wolf, et surtout les pièces écrites et montées par von Wangenheimen URSS). Si beaucoup de ces pièces, œuvres de circonstance, ont été oubliées, plusieurs d'entre elles, comme Grand'Peur et misère du IIIe Reich sont devenues des classiques du théâtre contemporain.
Bibliographie sélective
- Theater im Exil , Sozialgeschichte des deutschen Exiltheaters 1933-1945, Hans-Christof Wächter ; mit einem Beitrag von Louis Naef, München : C. Hanser, cop. 1973
- Theater im Exil, 1933 - 1945 , Ausstellung, 21. 10. - 18. 11. 1973, Filmretrospektive, 29. 10. - 4. 11. 1973, Konferenz, 7. 11. - 11. 11. 1973, Akademie der Künste Berlin ; Katalog Walter Huder, Berlin : Akademie der Künste, [1973]
- Weimar en exil , le destin de l'émigration intellectuelle allemande antinazie en Europe et aux États-Unis, Jean-Michel Palmier, Paris : Payot, 1990