Animation
Le sens étymologique du mot animation, du latin animatio, est théologique. Introduit dans notre langue au XIVe siècle, ce mot signifie « l'action de communiquer ou de posséder la vie » (Trésor de la langue française). Il y a encore dans la notion actuelle d'animation un peu du mystère de cette opération métaphysique originaire. Le terme animation est polysémique : il change de sens et acquiert des connotations différentes, selon les contextes.
L'utilisation du terme animation en France dans le sens d'animation culturelle et celui d'animation socioculturelle date des années soixante. C'est à cette époque qu'il connaît une fortune telle que Joseph Rovan, l'un des fondateurs de Peuple et culture, évoque en 1966 le « pananimationnisme » qui atteint la société française. Quel que soit le domaine dans lequel l'animation se manifeste, culturel, socioculturel, « pédagogique », le théâtre, même s'il ne s'agit pas d'animation théâtrale proprement dite, constitue très souvent l'un de ses outils principaux avec notamment le jeu dramatique et l'expression dramatique à l'école, le jeu dramatique dans l'acquisition des langues étrangères, les animations théâtrales en ateliers, dans les lieux de travail, dans la rue.
L'animation théâtrale peut être conçue comme la formation, l'initiation, l'information d'un public : initiation aux méthodes du travail théâtral, information au sujet de spectacles, débat après les spectacles. C'était le travail de Vilar de 1951 à 1963. C'est aussi, par exemple, la tâche que se fixa le Théâtre du Campagnol avec Penchenat. Mais pour ce dernier, le rôle de l'animation ne s'arrête pas là. L'animation devient le relais d'un véritable travail théâtral, le relais de la création. C'est même précisément à partir de pratiques d'animation avec différentes populations que nombre des spectacles du Théâtre du Campagnol ont été créés (ainsi Une ville se raconte). L'animation implique dans la création tous ceux qui ne sont pas créateurs. Cette conception de l'animation sous-entend que tout le monde est, ou tout au moins peut devenir créateur. C'est précisément cette attitude qui sera qualifiée de démagogique par certains créateurs, notamment par Fall qui estime qu'animation et création sont deux univers, deux préoccupations, deux métiers distincts.
En fait, il règne une certaine confusion au sein des différents concepts d'animation (animation culturelle, socioculturelle, « pédagogique » en milieu scolaire). L'action culturelle qui prend comme outil l'animation est-elle intervention pédagogique ou présuppose-t-elle la spontanéité, la communication immédiate et même « l'innocence culturelle », selon l'expression de P. Gaudibert ?
L'animation culturelle a pour objectif de rapprocher les créateurs et les produits de la création du public le plus large (cette diffusion culturelle s'accomplit selon différentes modalités, en fonction des arrière-plans idéologiques des politiques culturelles adoptées). L'animation socioculturelle met davantage l'accent sur l'épanouissement des qualités et des capacités de créativité des individus et des groupes, favorisant l'expressivité des minorités les plus défavorisées et les aidant à prendre en main leurs propres intérêts dans une perspective émancipatrice.
L'idéologie de la culture pour tous qui est celle de l'animation culturelle (rencontre immédiate et spontanée de l'œuvre et du public) rejoint en quelque sorte l'idéologie de la créativité de tous qui est celle de l'animation socioculturelle. Toutes deux présupposent la spontanéité : spontanéité de la compréhension dans un cas, spontanéité de la créativité dans l'autre ; et dans les deux cas, refus de l'apprentissage des codes culturels, refus de l'intervention pédagogique. Cette idéologie de la spontanéité artistique est due au fait que l'on a conçu l'animateur sur le modèle de l'animateur de groupe anglo-saxon, caractérisé par la non-directivité, l'écoute de l'autre.
Toutefois, on a pu reprocher à l'animateur culturel d'être un « intermédiaire pédagogique », une « machine à cultiver », dont le rôle consiste « à travers la propagation de la culture, à propager les codes dominants », au détriment « d'une expression culturelle populaire » (P. Besnard). Dans un article de 1983, Vitez remettait en cause le système tout entier des maisons de la culture. Il accusait l'action culturelle de manquer de visage : ce n'est pas vraiment de l'enseignement, ce n'est pas encore de l'art, c'est de l'initiation.
L'animation en milieu scolaire elle-même, avec le jeu et l'expression dramatique, n'échappe pas à la contradiction fondamentale qui entache le concept d'animation dans sa double connotation, spontanéiste et pédagogique. Cette forme d'animation a pénétré les milieux scolaires après 1968, afin d'aménager de nouvelles relations entre enseignant et enseigné, fondées sur des rapports d'égalité et non plus de hiérarchie et d'autorité, où il n'est plus question de transmission de savoirs, mais d'expression, de créativité, d'épanouissement de l'élève. Mais en définitive, si l'objectif visé n'est pas la recherche de meilleures méthodes d'acquisition des connaissances, si l'on privilégie l'émotion et la spontanéité au détriment de l'apprentissage et du savoir, on peut se demander si l'animation ne s'inscrit pas dans une démarche antipédagogique et si elle a réellement sa place en milieu scolaire.
Bibliographie sélective
- Action culturelle , intégration et / ou subversion, par Pierre Gaudibert
- L'Animation pédagogique , Raymond Toraille, Paris : E.S.F., 1980
- Animation, théâtre, société , études... textes et témoignages..., réunis et présentés par Anne-Marie Gourdon, Paris : Ed. du CNRS, 1986
Classement
Spécialité : Technique et créateurs techniques
- France
- 20ème siècle